Innocences

Entrée de octobre 2008

Re: Sois heureux !

octobre 24, 2008 · Laisser un commentaire

Chère M….,
Tout d’abord merci car j’ai vraiment été touché que vous m’écriviez, j’y retrouve toute votre gentillesse. Je ne sais pas trop par où commencer donc ne vous étonnez pas que ce message soit un peu en vrac.
J’ai toujours dit à N qu’elle avait de la chance d’avoir été élevée dans un environnement si stable, avec des parents si compréhensifs, gentils, aimants. Cette stabilité contribue grandement à l’épanouissement de la personne. Le parcours de ma famille est en comparaison un vrai capharnaum, donc c’etait agréable qu’au moins de votre coté vous soyez si présents.
Personnellement je vous adore, vous me faites bien rire et la qualité que j’apprécie le plus chez vous, c’est votre énorme compassion. Vous savez que la vie, les gens, ne sont pas à juger si simplement, et vous donneriez tout votre amour pour le premier inconnu.
Votre mari… :) nous avons des tempéraments différents, nous n’aurions pas pu avoir la même vie, j’imagine que vous avez pas mal discuté de nous, de N, de moi, j’espère qu’il me comprend un peu.
Quoi qu’il en soit je sais que vous serez toujours là pour vous occuper de ma petite chérie, je sais qu’elle sera bien avec vous.
2007 a été une année extremement difficile pour moi, et en conséquence pour N, mais je ne peux ici qu’évoquer mon angle des faits; je me suis trouvé à gérer CS seul; je pensais pouvoir y arriver, je sais maintenant que je ne suis pas un manager, ce n’est pas grave, mais j’ai mis du temps à le comprendre et surtout à admettre ce qui était alors vécu comme un échec. J’étais KO suite à l’accumulation de problemes et chaque jour je me sentais de plus en plus étouffer, sans trouver d’issue. Devenu un fantome à moi-même, je n’avais plus aucune présence dans notre famille, je n’arrivais meme plus à penser, encore moins à agir.
Logiquement, avec N, nos chemins se sont peu à peu éloignés. Au moment où elle atteignait enfin le succès qu’elle mérite, je croupissais à l’autre extrémité, en pleine dépression. Elle cherchait la lumière et en rentrant à la maison ne trouvait que l’ombre. Je crois que même le plus grand amour ne peut souffrir une telle dichotomie.
Toute cette année j’ai déplacé des pans entiers de ma vie, c’etait un travail long, pénible, douloureux. Heureusement j’ai connu d’autres dépressions et je savais qu’un jour je serai à nouveau heureux de vivre.
Le jour suivant notre décision de nous séparer, j’ai dit à F que j’allais partir habiter en Asie. C’était une évidence, plus rien ne me retenait,,, sauf bébé. J’ai alors demandé à mes soeurs comment cela s’était passé lorsque ma mère s’est séparée de leur père ; il était alors parti vivre en (…). Je l’ai aussi appelé pour en discuter ; tous les trois m’ont déconseillé de le faire. JL m’a dit que je le regretterai toute ma vie, mes soeurs m’ont dit qu’elles lui en ont toujours voulu de les avoir abandonnées. Donc je me suis résigné, et j’ai cherché à nouer plus de contacts de facon à travailler régulièrement en Asie, y venir le plus souvent possible. J’étais confronté à un terrible dilemne. Continuer à vivre malheureux à Paris pour rester près de bébé, ou bien vivre loin d’elle, dans un lieu qui était peut-etre un mirage, une fuite.
En avril dernier, j’ai du venir à HK pour un projet. Lorsque les portes de l’avion se sont ouvertes, j’ai su que je ne pourrais pas continuer à vivre en France. Je suis né en Asie, je m’y sens chez moi, dans cette atmosphère, parmi ces gens. Je n’ai jamais eu cette impression en France, je n’ai jamais vraiment aimé Paris, sauf pendant mes années avec N.
Donc à mon retour, je suis allé voir une pédopsychiatre que nous avions rencontré avec bb pour voir si elle n’était pas trop affectée par notre séparation. La psy a voulu me “déculpabiliser” (sic), elle m’a dit que cela pouvait tres bien se passer à la condition que je reste présent, continuellement en contact avec bébé. C’est pourquoi je lui ai créé une adresse mail, installé Skype, une webcam, …
Je suis arrivé le 1er juillet à HongKong; c’est le jour anniversaire de la réunification (lorsque HK a été rétrocédé à la Chine). Je me suis dit que c’etait un signe, je me réunifiais enfin avec l’Asie. Depuis je n’ai jamais regretté d’avoir pris cette décision. Cette ville me convient parfaitement par son mélange entre l’asie et l’occident. Mon esprit retrouve enfin sa liberté. La vie y est hypervibrante, mais il est facile de s’aérer les idées. Parfois je finis ma journée de travail et je vais à la plage. Régulièrement je passe dans le petit temple en bas de chez moi, me ressource en emplissant mes narines de vapeurs d’encens. Il m’arrive de me promener à 3h du matin le long de la baie, de rencontrer des petits vieux tout aussi contemplatifs. Je mange dans la rue un bol de nouilles à l’ombre des gratte-ciels de verre. De la fenetre de ma chambre, les tours clignotent comme un ciel étoilé.
Le jour de mon anniversaire on m’avait invité à diner; j’ai annulé et je suis parti seul sur une ile à 1/2h de hk. J’ai marché dans une petite jungle à la nuit tombée, me suis assis sur une plage déserte, puis diné en solitaire dans un restaurant en bord de mer, sous ces grands ventilateurs blancs qui me rappellent le vietnam. J’étais bien, en paix, je souriais en mon monde intérieur.
Effectivement venir ici était un rêve, mais aussi une nécessité. Lorsqu’on me demande d’où je viens, je réponds que je suis né au vietnam, que j’ai grandi en france et que j’habite à hong kong. Je n’arrive pas à dire que je suis français. J’ai dit un jour à JPaul que mon histoire ressemblait à celle du vilain petit canard; d’aussi loin que je me souvienne je n’ai jamais été totalement heureux, même si les années avec N furent magnifiques. Il m’a fallu toutes ces années pour découvrir que je n’appartenais pas à ce monde. J’ai finalement trouvé un père avec lequel j’ai beaucoup de points communs, et je suis revenu en Asie ; ma vie a pris sa logique, son équilibre. Je sais enfin où je me trouve, j’ai envie de construire un avenir.
Bien sur bb me manque. Je pense à elle chaque fois que je rencontre un enfant, chaque fois que je croise les chats de ma rue que nous nous amusions à compter. Heureusement je lui parle souvent, je la vois; (…) .
Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout cela. Peut-etre parce que nous n’avons pas eu l’occasion de parler depuis la séparation, peut-etre pour vous expliquer ce qui se passait en moi durant cette sombre période, pour que vous sachiez un peu plus qui je suis, quel est mon univers. Peut-etre que cette séparation était nécessaire pour que je puisse me ressaisir et rebondir vers ce qui était mon but inconscient, inconnu et pourtant évident.
Alors oui, aujourd’hui je suis heureux, je vis des moments uniques, comme il y a deux semaines lorsque je suis allé faire une présentation devant le gouverneur de la province du GD, (…). Mes sens n’en finissent pas de se rassasier, chaque pas ouvre un nouvel espace de découverte.
Je vous verrai sans doute à Noel. Passez le bonjour de ma part à toute la famille ; j’ai passé d’excellents moments en votre compagnie. Je suis content de vous avoir laissé de bons souvenirs, je vous apprécie tellement que je m’en voudrais de vous avoir déçus.
Les chances sont infimes mais si vous avez envie de venir dans la région, je serais heureux de vous accueillir et de vous faire faire un tour en scooter (ahah je ris toujours en vous revoyant passer par dessus la selle à SGN!).
Je vous embrasse, à bientot

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Une nouvelle nuit commence

octobre 18, 2008 · Laisser un commentaire

Aujourd’hui je ne sais pas trop quoi écrire mais envie. Le monde est en train de déraper. Les bourses chutent, je pressens un renversement de l’histoire, le dernier soubresaut de la domination occidentale. Les USA et l’Europe sont ruinés, surendettés, vieux, avec peu d’énergie pour rebondir. J’ai l’impression d’avoir sauté du bateau juste avant qu’il ne coule. Ma grande barque chinoise risque de tanguer, mais je sais qu’elle tiendra bon, depuis des millénaires elle fait son chemin seule, de son côté du monde. Dans cet avant recession de l’occident, elle est inébranlable. Je ne cherche plus de clients de l’autre côté, je me concentre maintenant sur la Chine. Dans quelques années apparaitront les grandes marques chinoises qui vont conquérir le monde comme l’ont fait les marques américaines au début du 20e siècle. Jusque là les entreprises investissaient surtout, en rachetant des sociétés occidentales, mais dans les prochaines années elles seront de plus en plus nombreuses à porter leur marque partout dans le monde. En temps de crise, la consommation se réfugie aux extrêmes: le massmarket et l’hyper luxe. Jusqu’ici nous achetions des produits fabriqués en Chine; maintenant nous acheterons des marques chinoises.

Je n’arrive pas vraiment à travailler ces derniers temps. Enfin je travaille façon cerveau droit: j’emmagasine des notes, je refléchis de temps en temps, et au dernier moment je compile le tout, sans vraiment avoir besoin de mes notes. Je dois réfléchir à un espace de 200m2 sur un salon en Italie. Tel jour me vient une idée. Trois jours plus tard, je traverse la rue et apparait un petit détail qui vient se greffer harmonieusement. Le lendemain c’est un autre aspect de l’espace qui prend forme. Et ainsi de suite. Entre ces apparitions je ne fais pas grand chose, si ce n’est passer trop de temps à surfer sur le net. Je lis les infos, j’erre sur des sites. Parfois 10 fenetres ouvertes en meme temps, sur 10 sujets différents; je n’aurai jamais assez de temps pour tout lire, tout assimiler, et pourtant c’est une drogue.

A propos hier au Bridge une thailandaise me glisse un x dans la bouche. Ca ne me fait rien, encore une fois. En ouvrant la porte on passe de la nuit bondée, musique hypnotique, au jour banal, quotidien, affairé. Il est samedi 8h du matin et la moitié des gens travaillent. Je sors entouré d’un nuage de fumée et d’alcool, les klaxons remplacent les basses. Il n’y a plus que la musique de la rue et la danse des passants qui ne semblent pas prendre de plaisir, juste indifférence d’un jour de travail à venir. Heureusement un taxi nous attend et en quelques minutes mon lit nous accueille. Ce matin le gardien était au téléphone, cela m’évite de lancer mon bonjour des petits matins, celui de la gêne qui ne se veut pas coupable. Je ne sais pas combien de résidents de cet immeuble aux 200 appartements mènent une vie identique à la mienne, et combien de ces regards il doit recevoir par nuit. Depuis 4 mois que je vis ici, il doit s’y être habitué, peu importe maintenant; si quelque chose les gênait, ils me l’auraient fait savoir d’une manière ou d’une autre.

Flv a quitté l’appartement, je n’ai plus de motivation pour aller faire du sport. Je fume toujours autant en me maudissant de plus en plus. J’en reprends une, la derniere, promis. Mais ce soir je sors, 3 fetes lancées sur facebook. Je n’ai pas vu le jour, juste brièvement lorsqu’elle est partie. Je l’ai regardée descendre les marches, se faire aborder par un type qui l’a suivi dans le temple. Un torticolis me tiraille le côté droit. J’aurais du aller au temple, mais je me suis rendormi, perturbé par quelques appels et sms. En me réveillant je brule de l’encens et passe la main sur Ganesha. Un peu de classique, puis je dois passer l’aspirateur pour enlever les cheveux qu’elles laissent à chaque pas. Une nouvelle nuit commence.

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Irruption de la finance

octobre 7, 2008 · Laisser un commentaire

Petit tour sur les statistiques de mon blog, qui m’indiquent comment les rares visiteurs sont arrivés jusque là:

quelqu’un a fait une recherche “bandesonore voitures” et a visiblement apprécié mon blog puisqu’il/elle a lu plusieurs articles. Le mystère, c’est qu’en googlant ces mots, je n’apparais meme pas dans les 30 premiers résultats. Normal, je ne crois avoir jamais utilisé ici le mot “bandesonore”, et je ne suis pas particulièrement passionné par les voitures — à part par l’Espada :)

les autres expressions clés, rentranscrites telles que wordpress me les présente: port de dongguan, une personne ivre qui m’a ouvert l’arcad, les districts des putes a hong kong, ruby, elfriede jelinek “prendre l’avion”, “dernier etage d’un immeuble” “mot angla

Les voies des moteurs de recherche sont impénétrables puisqu’aucune de ces expressions (et surtout pas “putes”) ne figure dans mes articles.

Bref, autant de visites anonymes et qui le resteront.

Aujourdhui journée noire sur les places boursières, le CAC 40 a accusé la plus forte chute depuis sa création. La finance mondiale est dans une spirale infernale et m’entraine, moi, oui meme moi qui n’y ai jamais touché depuis mes études, lorsque je trouvais ce jeu déjà cruel et virtuel. Elle m’entraine car chaque jour l’euro se casse la figure et j’ai perdu dans les 100.000 hk$ car j’ai fait le devis pour ESE en euros. Je ne sais décidément pas gérer l’argent, et la situation est plutot dramatique car je me retrouve à devoir payer mes prestataires plus que je les ai facturés au client.  Mes honoraires, qui devaient etre au départ d’environ 15.000 euros, est redescendue à 3.000… Dramatique. Je vais écrire un mail à ma cliente, et descendre taper sur un de ces abrutis de la finance qui picole sur lkf.

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