Innocences

Entrée de septembre 2008

déprime au pacific coffee

septembre 27, 2008 · Laisser un commentaire

Dans la voiture qui m’emmene de Gz à ZhuHai, je tente une sieste malgré la peur qui me saisit au milieu de la circulation sur l’autoroute. Des types doublent de tous les cotés, slalomment entre les camions, un minibus tangue 20 fois comme s’il allait se renverser, un énorme camion de ferraille déboite alors que nous sommes là, juste sur sa gauche, mon chauffeur freine brusquement, accélère brusquement, pour la premiere fois de ma vie de mon plein gré je mets ma ceinture à l’arrière. Je ferme les yeux. Je n’ose meme pas appuyer la tete contre la fenetre car un freinage brutal la propulserait n’importe où.
Les informations de la réunion du matin sur le pavillon du gd tournent en arrière plan, elles ne me quitteront pas jusqu’à l’heure du sommeil.

Hamwai me debriefe sur la présentation de ce matin, nous avons fait forte impression, c’etait symboliquement important que je présente, marque de respect, et un contact de hamwai au sein du comité a particulièrement apprécié que je commence et finisse sur ma double origine. Je réalise qu’au delà de mes mots, il m’a fallu un quart de siècle, depuis le premier stade de conscience de moi meme (à environ 13 ans) jusqu’à aujourdhui, pour développer l’assurance de ma capacité à agir sur mon environnement immédiat. Les succès et aussi les échecs des dernieres années ont provoqué ces changements dans mon autoperception; aujourdhui je deviens peu à peu celui que j’avais aspiré à être. J’apprends aussi à assimiler mon angoisse, à utiliser ce frisson pour développer mon aura.  Peu à peu, je deviens enfin unique à moi-même. J’écris à Ruby que j’adore ma vie. Sans savoir exactement pourquoi, je me retrouve à l’autre bout du monde, dans une voiture folle, auréolé d’un statut qui me semble encore un peu large. Chargé d’émotions jusqu’au tremblement des larmes, je regarde à travers la vitre cette vie quotidienne qui me rappelle tellement le vietnam: échoppes en tôle le long de la route, deux petites filles en déséquilibre sur un vélo d’adulte, des especes de palmiers flechissent paresseusement au vent, chemins de terre zigzagant à travers vergers exotiques.

Mon téléphone vibre, un numero inconnu, de hk. C’est Phuong, elle vient d’arriver. Il y deux jours je discutais avec Myka sur ymess; elle me disait qu’elle s’ennuie et a décidé de revenir sur hk, peut-etre dimanche. Au meme moment, Ph apparait sur ymess et me dit qu’elle arrive dimanche… Mais pour une raison non encore identifiée, elle est arrivée ce vendredi. Elle a l’air paniquée au téléphone, j’entends mal (merci le réseau du peuple), une de ses amies a été refusée à la frontière, michelle n’est pas venue la chercher, … ph me fait penser à un papillon qui se heurte à une vitre transparente. Ma sieste est fichue.

Plus tard le chairman du comité de blablabla — blablabla étant un organisme gouvernemental qui gère des centaines de millions — me promène dans ZH pour me montrer les emplacements où il pense pouvoir installer le boatshow. La ville, plutot provinciale et pauvre, jouxte macao dont les néons blingblinguent de l’autre coté de la baie, comme les deux extrémités du monde. Ensuite nous dinons dans le restaurant d’un hotel, dans une petite salle privée dont un pan de mur entier est vitré, donnant sur la mer. Il me raconte comment les digues ont été dévastées par le dernier typhon: un proverbe chinois dit que le plus doux peut briser le plus dur. L’eau, immatérielle et sans resistance, a terrassé la pierre immuable censée la contenir.

Je prends le ferry de 20:30, arrive enfin à dormir. Le bateau est plein d’hommes seuls, aucun non-Chinois. Je sieste en arriereplan d’une série populaire locale. Nous arrivons vers 22, habituel taxi jusque chez moi. Je ne me sens pas tres bien. Plus tard je rejoins Ruby, la quitte vers 3h. Appelle Ph. J’ai envie d’aller à la plage ce weekend. Je m’endors, seul, …

… me réveille affamé à 11:43. Descends au Pacific Coffee parceque c’est aussi efficace qu’un mcDo pour prendre son petitdéjeuner.
Dans Time je lis un article sur la façon dont les maitres du monde de wall street sont en train de couler la planete. Hier la Washington Mutual a collapsé; plus grande faillite de l’histoire américaine. Les autorités US écopent, ont décidé de débourser 700 MILLIARDS DE DOLLARS pour racheter les actifs en difficulté. L’article résume ainsi le sentiment de ces types: jouez avec l’argent des autres ; si vous gagnez, vous héritez d’une belle commission (à 6 chiffres); si vous perdez, ce n’est pas votre argent, vous aurez un bonus legerement inferieur, au pire il faudra changer de boite.
700 milliards ici, plus 1.3 trilliard pour l’Irak. La superarrogance américaine se prend de graves coups de boule, malheureusement nous aurons tous un peu le nez cassé.
Dans un autre article je lis que la Chine est à l’origine de pres de 70% des fonds versés depuis 20 ans à l’onu en faveur des pays “en voie de développement” ; sachant que la Chine est officiellement elle-meme un pays envoiededeveloppement. De leur côté, les richissimes pays americains et européens ont beaucoup promis et quasiment rien donné. Pourtant les usa peuvent débourser 2.000 MILLIARDS DE DOLLARS pour sauver leur puissance en lambeaux. Il est plus que temps pour l’occident de redevenir humble et d’arreter de donner des leçons morales au monde entier, sur la foi de leur démocratie égoiste.
Ces nouvelles me dépriment, surtout lorsque s’assoient à la table à coté deux quinquaméricaines aux bras flasques qui commentent betement la rue avec leur accent nasillard. Elles ne sont pas méchantes mais me rappellent trop mon séjour au Kansas. Je quitte le café, remonte vers chez moi. Le Man Mo m’appelle mais il est occupé par un groupe; je repasserai plus tard.

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Bachotage au karaoké

septembre 27, 2008 · Laisser un commentaire

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25 septembre. A 9h du matin je suis assis dans une salle de reunion du China Hotel de Guangzhou; la déco est vieillotte, nous baignons dans le luxe surrané de la fin des années 70. Rien à voir avec le déluge baroque du Lisboa de Macao; le style “elegant” de ce palace abandonné a bien mal vieilli.

Nous sommes parmi les 7 entreprises amenées à postuler pour le pavillon du gd. La phase d’appel d’offre est cahotique. Au départ 10 entreprises devaient etre choisies ; puis ils ont sorti un cahier des charges auquel les offreurs éventuels devaient répondre pour pouvoir postuler.

Hier soir, juste avant que je parte pour Gz, Hamwai m’appelle et m’annonce que les membres du comité aimeraient bien que je présente. Quoi ? Ma vision du Guangdong, du moins celle d’un étranger. Panique; jusque là il y avait un malentendu. Je pensais que nous allions rencontrer des membres d’un comité gouvernemental pour discuter de l’organisation d’un salonnautique dans le sud de la chine. Non, me dit Hamwai, nous allons bien rencontrer des gens de ce comité, mais pour présenter nos idées sur le pavillon pour Shanghai WExpo. Je suis à moitié furieux. Je dois préparer quelque chose, 1/4h de présentation, là, au moment où j’allais partir. J’imprime en catastrophe l’article de wikipedia sur le GD et saute dans un taxi pour TST où je prends mon visa, puis direction HongHom.

Dans le train je parcours l’article. Ca me rappelle le bachotage avant les examens; heureusement je suis très fort pour ça. En une heure j’ai synthétisé les 10 pages et décidé que je commencerai ma présentation en expliquant que la vision d’un étranger sur le GD… n’existe pas. Les étrangers connaissent Beijing, Shanghai, rien de plus. A moi, en tant qu’étranger à cheval sur les deux cultures, de les faire se rapprocher.. harmonieusement. L’idée devrait leur plaire.

Ken m’attend au McDo à la sortie de la gare, j’avale des mcnuggets et un hamburger inconnu. Hamwai m’attend avec un type de ce meme comité, mais bien pour le boat show, et bien sur à cette heure ils sont dans un karaoké, le Regent Club je crois. Pour une fois les filles sont plutot jolies, et pour une fois la mienne parle anglais. Mais je m’en fous, ca m’enerve d’etre là alors que nous devrions etre en train de préparer la présentation. Hamwai comprend et coupe la musique, nous discutons un peu. Il me dit de ne pas m’en faire, de toute facon, quoiqu’il arrive, ca ne changera rien au cours des choses. Ken me dit « if you know you die in 2 weeks, what can you do ? ». Je leur dis qu’ils sont fous, et nous trinquons. Retour à l’hotel à 3h du matin. Ils passent la derniere demieheure à essayer de me convaincre de ramener la fille à mon hotel (500 rmb) histoire de me détendre. Je n’en reviens pas.

Reveil à 7h, repassage de Paul Smith, nous marchons jusqu’au China Hotel. Sur le chemin nous passons devant le McDo où j’avais revu Icy, la derniere fois avant qu’elle disparaisse.
Dans la salle je suis le seul à porter un costume. Les types jouent avec leur portable pendant que le Deputy Secretary General de la région explique les enjeux du projet. Des petits bonbons à la menthe sont présentés dans des boites laquées en forme de fleurs. Une fille retranscrit les conversations. Chacun présente sa société et ses idées préliminaires. Un des compétiteurs a amené deux espagnols; la femme a la beauté dangereuse des femmes architectes. Ils ne sont pas bien préparés; elle a dessiné un des pavillons de Saragosse, ce qui pourrait etre positif, mais plus tard le DeputySecGen parle de l’expo et ne mentionne pas son pavillon. Le brief, bien qu’en mandarin, se concentre sur les émotions recherchées.On ne parle pas technique mais pur ressenti, je trouve ça tellement asiatique. Vient mon tour. Hamwai traduit, ce qui donne du rythme à notre courte présentation. Je parle d’harmonie (homme/nature, passé/futur, entre les peuples), ils hochent la tete. Ils sourient parfois, et à la fin je gagne à l’applaudimetre. Mais à leur body language je comprends que cela n’a aucune importance; nous sommes seulement en train de nous rencontrer, ils ne sont pas vraiment concentrés. Ils font un brief général, qui de toute facon sera envoyé par mail à une date inconnue.

Pendant leur speech me viennent des visions. La mélodie du mandarin me berce, envie d’un champ de fleurs bizarres, envie d’un mouvement qui se dilue dans le ciel. J’adore être là, unique expérience. Mon telephone vibre des sms de Ruby1 et Ruby2. Cet apresmidi je vais à (…) –impossible de mémoriser le nom– au bord de la mer, pour voir le site où pourrait avoir lieu le boat show. Je reviendrai sur hk en bateau ce soir, magnifique. Je me sens tellement béni de vivre ces moments. Je n’aurais jamais imaginé pouvoir pénétrer ces lieux, où l’on me demande seulement de laisser courir mon imagination. Je commence une nouvelle vie, chaque jour.

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Hagupit et Ruby

septembre 23, 2008 · Laisser un commentaire

 

Les typhons asiatiques portent des noms qui semblent ceux de divinités bouddhistes (en fait il s’agit de mots symboliques dans différentes langues asiatiques). Le nouveau était hier au niveau 1, ce matin en 3 et maintenant en 8, il n’ira pas plus haut, son centre passe maintenant au plus près de hk, 200 miles au sud, sur la mer. C’est étonnant de constater que les services meteos avaient parfaitement prévu cette trajectoire, dès hier sur leur site. La seule erreur de prédiction concernait la vitesse de déplacement, prévue à 30 et révisée à 28. Je me demande si parfois des typhons deviennent fous et ralentissent, passent à 9, 10 puis 3 et 1, puis un coup de 9 encore, histoire de bien se faire rappeler.

A chaque typhon la ville change d’allure. Au niveau 8, les gens ne sont plus obligés d’aller travailler (lucky number!), les bus se font rares et les taxis disparaissent. De la fenetre de ma chambre je vois cinq rues, toutes désertes à 8h du soir, où errent quelques ombres solitaires pressées. Quelques fois, rarement, une violente bourrasque soudaine frappe les vitres, fait trembler l’immeuble.On sent le vent s’engouffrer par les deux chambres, prendre le couloir, se fracasser contre les murs du salon et de la salle de bains, sortir par la porte ou par les fenetres – qui sont pourtant toutes fermées. Un instant, l’appartement se gonfle.

Les jours de typhons sont différents. La tension dans l’air existe bien, c’est un orage qui s’annonce, un gros orage. S’il y avait des animaux à hk, ils chercheraient instinctivement un abri, ce que font d’ailleurs les humains, couverts d’un parapluie ou d’un journal replié.
Les animaux de cette ville sont (par fréquence d’apparition): chats errants, chiens domestiques, cafards nocturnes, aigles/buses dans le ciel. On entend souvent des oiseaux mais j’en vois très peu, je pense que c’est plutot une bande son fournie par la ville.

En une heure les rues se diluent jusqu’à devenir bandes d’électricité lumineuses. Les néons des boutiques clignotent et s’éteignent comme un coeur qui s’arrete.

 

Je suis content d’avoir fait la connaissance de Ruby2. Nous nous sommes revus hier soir. Elle était à l’ifc pour un rdv à 23h (!), voulait me voir après. Elle est vraiment rayonnante, espiègle, sensible, féminine, élégante jusque dans ses tournures de phrases et par son accent si anglais que j’ai l’impression de parler à une charmante blonde aristo lorsqu’on se telephone. Elle possède un univers développé dans la solitude de son enfance de geek surdouée (136 de qi) fan de legos et de meccanos. Puis etudes d’ingenieur du son, maintenant elle développe des projets qui vont de la venue de Mariahcarey à un festival d’art digital. Elle a à ce jour 570 contacts sur facebook. Elle me rappelle nathalie lorsque je l’ai rencontrée, elle avait le même age et il était évident qu’elle allait un jour devenir une personne d’envergure internationale, avec la meme sensibilité humanité.

Dimanche nous avons diné cote à cote dans un de ses restaurants chinois préférés, cuisine pékinoise, déco « very Chinatown Chinese » de Jordan, un endroit à la InTheMoodforLove, figé en 1932, murs blancs, vieux serveurs en noir et blanc cravate noire, paravents de laques rouge profond, tables en bois de rose, grands ventilateurs au plafond. Lorsqu’arrive un plat qu’elle aime, elle bat des mains et fait yééé comme une petite fille trop ravie. Elle commande sans regarder le menu et discute longuement de la préparation. Le serveur nous offre un petit dessert sucré, dit que nous allons bien ensemble. Je m’apercois chaque jour que, sans comprendre le cantonais, j’arrive à lire le body language et ainsi à comprendre l’essentiel des conversations. Ruby a une démarche noble, le mention relativement haut, le visage ouvert à chaque minute.

Cet apresmidi, elle m’appelle, petite voix comme si elle venait de se réveiller « i have to go to the hospital », appendicite si j’ai bien compris, elle ne connaissait pas le mot anglais. Maintenant 21h et elle me sms « was intended to sleep in my arms.. but now i’m in a ward :( » puis deux secondes plus tard « i mean your arms ». Elle vit à un metre du sol, elle fait du surf aussi.

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Jour de fête

septembre 22, 2008 · Laisser un commentaire

La veille a eu lieu l’événement ESEHK et je m’en suis bien sorti avec mes jolies projections sur les murs. Le tout était bien cohérent alors que je n’y ai pas vraiment montré mon plus grand talent; tout le projet s’est déroulé entre ma décision de partir vivre à hk, mon déménagement facon valise en carton, mon installation bancale, la venue de bébé, mon retour à paris, sur arrière-plan de pérégrinations nocturnes et de cerveau nébuleux du lendemain. A un certain moment j’ai cru que cela ne passerait pas à cause de délais incompressibles –à qq jours du grand show– mais c’est passé, ca passe toujours et le spectacle a toujours lieu. Les clients sont toujours “impressionnés” par mon calme ; ils ne savent pas, ne pensent pas que de toute facon, ce qui est possible est possible, et ce qui ne l’est pas ne l’est pas. Et ce qui est possible à 24 ou 12h de l’ouverture d’un événément est très limité, même avec un rythme hkgais sans horaires.
De toute façon les invités n’auront aucune idée de ce qui était prévu au départ, de ce qui aurait pu etre mieux que ce qu’ils ont. Les invités sont toujours contents de ce qu’ils voient, surtout s’ils repartent avec un sac cadeau, le ventre petitfourré et le foie champagnisé. 

Finalement tout le monde fut ravi et ivre de ravissement car les vips sont venus, la presse est venue et a photographié les vips, surtout Michelle R dont l’annonce du mariage prochain avec un “tycoon” (tout le monde utilise cette expression à son propos mais personne ne sait exactement d’où il tient sa fortune) faisait le jour même la couverture du Voici local. J’ai fini le cocktail en papotant avec un membre du board de sw et avec le big boss de ESE, que je prenais pour un sales manager local (parceque tres sympathique) jusqu’à ce qu’on échange nos cartes de visite. Ensuite Hamwai m’a invité à diner hotpot sur Jaffe Road; il a fait venir sa maitresse, je le soupconne d’avoir pris cette occasion pour dire à sa femme qu’il rentrerait tard. Anyway. Seulement il aurait pu me le dire, j’aurai fait venir la mienne. Apres le diner, Ivan m’avait proposé de le rejoindre à D-i où il djouait ; je repasse par l’appart pour déposer mon sac,, et m’endors en 0.8 secondes. 

Réveil 13 heures plus tard les rideaux ouverts sur une journée à 35°, le corps trempé. C’est le jour de mon anniversaire et le téléphone commence à sonner de numéros non affichables (=en provenance d’autres pays) et de sms. Le soir j’ai prévu de diner avec Ruby.L, enfin elle a prévu de diner avec moi, je devais lui réserver ma soirée. Je tergiverse et finalement lui envoie un sms peu courageux “hello Ruby today i dont feel well, my post event syndrom… I prefer to stay alone, sorry. I will probably go for a walk outside the city. Dont worry it’s just that ive seen too many people these days”. La vérité est que je n’ai plus envie de la voir malgré sa beauté, ses jolies manieres et malgré la promesse de la nuit, car elle est trop admiration sans bornes et attente presque anxieuse de mes actes-paroles. Lorsqu’elle est avec moi elle ne semble pas avoir d’avis ni d’envie si ce n’est les miens.
Et puis, surtout, j’ai effectivement mon syndrome post-evenement qui me fait fuir tout contact pendant le jour qui suit ce genre de grosses fêtes où j’ai été en représentation coupedechampagne tout en ayant l’esprit accaparé par le décorum où il y a toujours qq chose à mieux faire. Mon esprit est alors si concentré en scan permanent que les lendemains sont gueules de bois et je n’ai pas encore envie de parler, à quiconque. Mes sens demandent repos, j’ai besoin d’horizon plat et de silence. 

Donc en fin d’apres midi je prends le ferry pour Lamma Island, à une 20taine de minutes de Central. Le bateau slalomme dans la circulation des vendredi soirs; nous croisons toutes sortes d’embarcations de tailles et utilités diverses sans que semble respecté un quelconque code de la mer. J’observe un magnifique coucher de soleil sur un espace où stationnent des dizaines de bateaux grues qui ponctuent l’ocean, particules dorées dans l’air. 
Sur l’ile, je marche dans la nuit tombée sur des petits chemins à travers la foret si dense que la plupart du temps je ne vois pas le ciel. Des grenouilles de qq centimetres traversent la route ou font crisser les feuilles dans les broussailles. A certains moments, je suis à un carrefour éclairé par un réverbère, deux chemins plongent dans la nuit. J’en prends un au hasard. Je n’ai pas de plan, mais pas d’envie particulière non plus. J’arrive sur une plage, un mini chien court vers moi en aboyant et montrant ses dents. Au moment où je m’apprete à lui balancer un coup de pied, sa maitresse l’appelle et il repart en ralant. La plage est semblable à celle de South Bay, mais de l’autre coté de l’ile, l’immense masse de la centrale électrique clignote dans la nuit. Détaché de ce contexte, cette myriade de lumieres pourrait enchanter ; mais sur fond de plage, je n’ai aucune envie de tremper mes pieds dans l’eau. Je repars en sens inverse, hésite sur le chemin. Je ne croise personne, les reverberes ont faibli, je ne suis plus sur de la route. Derriere certains buissons, la mer apparait dans son encre profonde. La lune éclaire doucement la vue ; je m’arrete pour prendre des photos ratées.
Je retrouve le chemin du port, j’ai marché près de 3 heures; soif et faim. Il y a un restaurant de seafood éclairé par des néons, avec ventilateurs répartis; un air de vietnam, je m’assieds et dine en solitaire. La vue doit etre belle, mais il fait nuit et seules sont visibles les habitations de l’autre coté de la crique. A côté du restaurant un bar déco marine accueille les expatriés quinquagénaires de l’ile. Je ne sais pas pourquoi les occidentaux pensent que les chinois sont bruyants; ils ne se sont jamais entendus apres une pinte de biere sur fond de vieux rock grassouillet.

Je prends un des derniers ferrys qui revient sur hk. Il n’y a quasiment personne, quelques hommes à l’allure d’ouvriers somnolent. A notre arrivée, la concentration d’immeubles me fascine toujours ; les milliers de fenetres allumées aléatoirement forment le plus grandiose des gateaux d’anniversaire.
Assez de solitude mystérieuse. J’appelle Ruby K, lui propose de me rejoindre à central. Nous avons rendez-vous 1h du matin.  C’est la premiere fois que je la vois. Chinoise, grande, beaucoup d’allure, sourire permanent et le plus joli accent british qui soit. Ivan me dit que tout le monde la connait à central, car elle s’occupe des djs notamment de d-i (d-i étant LE bar/boite le plus branché de hk). Mais elle n’aime pas vraiment l’endroit, c’est surtout un travail comme un autre. Nous rejoignons Ivan au Kee, censé etre un endroit members only mais où j’ai tout le temps pu rentrer et où maintenant la fille me reconnait grace à ma bague. Ils y connaissent meme le Negroni, agreable cadeau. Ruby boit du champagne, tout se passe à merveille. Ensuite elle m’entraine voir ce qui se passe à d-i où pour une fois je ne dois pas payer les 200hk$ de cover charge, boisson non comprise. Comme il ne s’y passe que de l’habituel (des mannequins étrangeres dansent sur les fauteuils devant des chinois friqués qui payent le champagne et agitent les batons incandescents qu’on leur apporte sur la bouteille, sur fond de house facile), elle m’entraine vers un endroit plus calme, sur wellington; dnas un immeuble anonyme, aucune pancarte, 1er étage. Nous nous retrouvons dans une sorte d’appartement transformé en bar; c’estàdire que les boissons sont dans un réfrigérateur comme celui que j’ai chez moi. Il est assez tard (4h), reste peu de monde. Nous nous installons dans un des vieux canapés de cuir et buvons un vin blanc chilien. Quelques personnes discutent avec le barman dans la cuisine ouverte; d’autres sont montés à l’étage pour jouer de la batterie. Ca me rappelle des weekends chez des amis dans la maison de campagne des parents. Nos lèvres s’effleurent, c’est tres doux. Ruby possède son univers particulier, extremement etendu, plein d’humour. Je sens qu’il se passe quelque chose de différent avec elle. Au petit matin, je la raccompagne au taxi, et vais clore ce jour anniversaire à wanchai…

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un visuel validé

septembre 12, 2008 · Laisser un commentaire

un peu plus tard, la situation a évolué. Je me suis acheté un lit simple et pratique, à la fois massif et discret, qui grince joliment quand on y fait l’amour (j’avais fait un test discret dans la boutique). La table est superbe, sleek, et je rêve de chaises Thalya grises fumées quasi inabordables à quatre;

la nuit derniere jusqu’a tres tard, petit jour, finir de travailler, mais en fait m’y mettre réellement, au moment où je suis sur la derniere limite de la pointe des pieds. Demain, en récompense, je vais à Guangzhou; très tot comme un chinois, et demain soir Hamwai a organisé une soirée, yippie. Je suis soudain très concentré, c’est comme si le tableau depuis si longtemps nébuleux s’était soudain assemblé organisé, devenait enfin lisible, clair, facile à appréhender. Il faut croire que c’est mon mode de fonctionnement, quel stress.

je rêve d’un fauteuil haut sur lequel je pourrais faire des pauses assis devant la fenetre de la petite chambre. J’y surplombe une vaste plantation d’immeubles étroits, la pente descend arborée jusqu’à queens road par 170 marches, le long du man mo temple, la vue est libre au sud, à l’est et à l’ouest. Certains appartements contiennent des videos de vies que je vois floues même en plissant les yeux. Souvent des personnes seules, qui rangent des choses. Beaucoup de télés clignotent, parfois en synchro. Des éclairages jaunes quasi sépia, comme chez moi (à changer) et des éclairages blancs néons hopital. Je n’ai pas regardé la télévision depuis deux mois, aucun manque. Audessus des immeubles le ciel parfois se bleue, parfois se grise, parfois se nuage. Je ressens la meme joie qq soit l’heure à laquelle je me reveille, d’aller à cette fenetre qui s’avance pour me présenter l’immense tableau du jour. Plonger mon regard dans un coin sans limite du ciel et ressentir l’énergie aiguë de je ne sais pas quoi.

En revenant ce soir, demi-diner sur une table dans une petite rue, à l’exterieur, la vie de vendredi 18h qui défile gentiment, soupe de nouilles aux fish dumplings et coca; mon appareilphoto m’a manqué pour prendre ces moments simples, personnels et communs, si anodins qu’ils en deviennent éternels. Nous étions deja là au siecle dernier.

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