Dans la voiture qui m’emmene de Gz à ZhuHai, je tente une sieste malgré la peur qui me saisit au milieu de la circulation sur l’autoroute. Des types doublent de tous les cotés, slalomment entre les camions, un minibus tangue 20 fois comme s’il allait se renverser, un énorme camion de ferraille déboite alors que nous sommes là, juste sur sa gauche, mon chauffeur freine brusquement, accélère brusquement, pour la premiere fois de ma vie de mon plein gré je mets ma ceinture à l’arrière. Je ferme les yeux. Je n’ose meme pas appuyer la tete contre la fenetre car un freinage brutal la propulserait n’importe où.
Les informations de la réunion du matin sur le pavillon du gd tournent en arrière plan, elles ne me quitteront pas jusqu’à l’heure du sommeil.
Hamwai me debriefe sur la présentation de ce matin, nous avons fait forte impression, c’etait symboliquement important que je présente, marque de respect, et un contact de hamwai au sein du comité a particulièrement apprécié que je commence et finisse sur ma double origine. Je réalise qu’au delà de mes mots, il m’a fallu un quart de siècle, depuis le premier stade de conscience de moi meme (à environ 13 ans) jusqu’à aujourdhui, pour développer l’assurance de ma capacité à agir sur mon environnement immédiat. Les succès et aussi les échecs des dernieres années ont provoqué ces changements dans mon autoperception; aujourdhui je deviens peu à peu celui que j’avais aspiré à être. J’apprends aussi à assimiler mon angoisse, à utiliser ce frisson pour développer mon aura. Peu à peu, je deviens enfin unique à moi-même. J’écris à Ruby que j’adore ma vie. Sans savoir exactement pourquoi, je me retrouve à l’autre bout du monde, dans une voiture folle, auréolé d’un statut qui me semble encore un peu large. Chargé d’émotions jusqu’au tremblement des larmes, je regarde à travers la vitre cette vie quotidienne qui me rappelle tellement le vietnam: échoppes en tôle le long de la route, deux petites filles en déséquilibre sur un vélo d’adulte, des especes de palmiers flechissent paresseusement au vent, chemins de terre zigzagant à travers vergers exotiques.
Mon téléphone vibre, un numero inconnu, de hk. C’est Phuong, elle vient d’arriver. Il y deux jours je discutais avec Myka sur ymess; elle me disait qu’elle s’ennuie et a décidé de revenir sur hk, peut-etre dimanche. Au meme moment, Ph apparait sur ymess et me dit qu’elle arrive dimanche… Mais pour une raison non encore identifiée, elle est arrivée ce vendredi. Elle a l’air paniquée au téléphone, j’entends mal (merci le réseau du peuple), une de ses amies a été refusée à la frontière, michelle n’est pas venue la chercher, … ph me fait penser à un papillon qui se heurte à une vitre transparente. Ma sieste est fichue.
Plus tard le chairman du comité de blablabla — blablabla étant un organisme gouvernemental qui gère des centaines de millions — me promène dans ZH pour me montrer les emplacements où il pense pouvoir installer le boatshow. La ville, plutot provinciale et pauvre, jouxte macao dont les néons blingblinguent de l’autre coté de la baie, comme les deux extrémités du monde. Ensuite nous dinons dans le restaurant d’un hotel, dans une petite salle privée dont un pan de mur entier est vitré, donnant sur la mer. Il me raconte comment les digues ont été dévastées par le dernier typhon: un proverbe chinois dit que le plus doux peut briser le plus dur. L’eau, immatérielle et sans resistance, a terrassé la pierre immuable censée la contenir.
Je prends le ferry de 20:30, arrive enfin à dormir. Le bateau est plein d’hommes seuls, aucun non-Chinois. Je sieste en arriereplan d’une série populaire locale. Nous arrivons vers 22, habituel taxi jusque chez moi. Je ne me sens pas tres bien. Plus tard je rejoins Ruby, la quitte vers 3h. Appelle Ph. J’ai envie d’aller à la plage ce weekend. Je m’endors, seul, …
… me réveille affamé à 11:43. Descends au Pacific Coffee parceque c’est aussi efficace qu’un mcDo pour prendre son petitdéjeuner.
Dans Time je lis un article sur la façon dont les maitres du monde de wall street sont en train de couler la planete. Hier la Washington Mutual a collapsé; plus grande faillite de l’histoire américaine. Les autorités US écopent, ont décidé de débourser 700 MILLIARDS DE DOLLARS pour racheter les actifs en difficulté. L’article résume ainsi le sentiment de ces types: jouez avec l’argent des autres ; si vous gagnez, vous héritez d’une belle commission (à 6 chiffres); si vous perdez, ce n’est pas votre argent, vous aurez un bonus legerement inferieur, au pire il faudra changer de boite.
700 milliards ici, plus 1.3 trilliard pour l’Irak. La superarrogance américaine se prend de graves coups de boule, malheureusement nous aurons tous un peu le nez cassé.
Dans un autre article je lis que la Chine est à l’origine de pres de 70% des fonds versés depuis 20 ans à l’onu en faveur des pays “en voie de développement” ; sachant que la Chine est officiellement elle-meme un pays envoiededeveloppement. De leur côté, les richissimes pays americains et européens ont beaucoup promis et quasiment rien donné. Pourtant les usa peuvent débourser 2.000 MILLIARDS DE DOLLARS pour sauver leur puissance en lambeaux. Il est plus que temps pour l’occident de redevenir humble et d’arreter de donner des leçons morales au monde entier, sur la foi de leur démocratie égoiste.
Ces nouvelles me dépriment, surtout lorsque s’assoient à la table à coté deux quinquaméricaines aux bras flasques qui commentent betement la rue avec leur accent nasillard. Elles ne sont pas méchantes mais me rappellent trop mon séjour au Kansas. Je quitte le café, remonte vers chez moi. Le Man Mo m’appelle mais il est occupé par un groupe; je repasserai plus tard.