Innocences

Entrée de juillet 2008

18 jours

juillet 17, 2008 · Laisser un commentaire

18 jours que je suis arrivé ; l’appartement est à la mesure de ce que je suis. hier bien rangé, et aujourd’hui en désordre total, de la chambre au salon. je me laisse facilement aller à l’excitation facile, payante, l’argent défile et on verra plus tard. Je ne suis pas étonné que certains parmi mes clients, les riches héritiers, se laissent dériver à tout excès. Avec un peu d’argent tout est si facile.

Ce soir Sam m’a emmené dans un bordel situé au dernier étage d’un immeuble anonyme de TST. Je voulais voir, je suis curieux de tout. On m’aurait proposé un temple souterrain éclairé à l’encens, j’y serais allé, mais il était relativement tard, nous avions bu, nous étions deux hommes, la spiritualité n’était pas au menu. Au 6e étage les couloirs sont étroits. Il n’y a pas de mamasan. Des portes ouvertes, des portes fermées avec un panneau “thank you for waiting”. En évidence des photos de la fille qui occupe l’endroit, son bureau. On dirait un menu chinois avec les photos des plats. Un HKee squelettique en vieux tshirt et lunettes de travers erre dans les couloirs aussi. Dans une piece trois femmes défraichies discutent et nous aguichent en passant. 500 hkd le coup. Aucune d’entre elles n’est désirable, nous reprenons l’ascenseur dont il faut refermer la grille. Les étages défilent en odeurs qui grésillent l’esprit. Où cela s’arretera-t-il? le plus grand red light district du monde. Je suis content que bébé arrive bientot, je vais redescendre sur terre. Ma cliente aussi revient dans trois jours de vacances, il faut que je lui présente quelque chose de concret, j’en ai aussi besoin pour m’octroyer ces plaisirs. L’idée est là, je me lève à 8h demain matin pour la concrétiser. j’ai l’impression que l’inspiration découle de cette acceptation du plaisir; j’espere que je ne me trompe pas. L’esprit clair, ivre, libéré, des éclairs jaillissent en images subliminales. Estce que je suis haut, ou finalement tres bas, déjà. Non je crois que tout va bien. Je vis sur une autre dimension, je m’attendais à succomber à cette nouvelle liberté; je sens que la carte bleue –pas la visa mais celle des tarots– me protège. Je suis quelqu’un de bien, qui découvre juste la liberté. Encore quelques jours et cela s’apaisera. Un peu de Puccini, moins de cigarettes, moins d’alcool, plus d’espace, du ciel, de la perspective et l’équilibre reviendra. J’aime ma vie en ce moment, elle est vraiment excitante. Sur la vague je surfe, l’élément primordial grondre sous mes pieds, Derniere cigarette, dernière, demain je fais mes 3×20, peutetre meme deux fois. Je fixe un point pendant trois minutes, je me concentre sur ma respiration. je libère la poésie qui erre dans un coin tenace de mon cerveau. j’en sais assez sur la nature humaine pour la guider dans ce qu’elle désire.

C’est facile finalement. D’un coté l’oubli, la décadence, l’antipeur du lendemain, le carpe diem. De l’autre le quotidien, le réel, le long terme. Les deux sont à la fois incompatibles et indispensables. Il faut aller à fond dans les deux directions pour atteindre l’équilibre. Je ne crois pas à la voie du milieu. Elle me contraint dans une dichotomie trop étroite. Il faut parfois entrer dans l’ivresse, parfois prier dans un nuage d’encens, tenir le regard des statues éternelles. Le danger, l’expérience que je vis, est de ne pas sombrer dans l’un ni dans l’autre. Survoler les nuages puis revenir à la terre puis repartir puis méditer à nouveau. Je reste mysterieux pour Louise, pour Gosia, pour quelques autres dont les aiguilles ne vont pas aussi loin. Je dois profiter de cette énergie enfin redirigée pour la concentrer dans la création, sinon je me perds. Je n’ai pas envie de dormir, mais il le faut maintenant sinon ce sera plus tard, trop tard. Quand vaisje creer ce masque à hurler, je pourrais l’utiliser tout de suite. trois heures dix — bonne nuit ma belle.

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Semaine blanche

juillet 6, 2008 · Laisser un commentaire

Pas seulement une, ni deux nuits, mais une semaine entière blanche à vivre jusqu’au petit matin. Ce que je redoutais arrive, mais c’est le début, normal que je re-découvre ce nouveau territoire.

Arrivé mardi soir et ensuite la nuit à travailler sur ce que j’avais occulté les derniers jours. L’appartement me plait beaucoup — me plaisait beaucoup. Apres ces premiers jours, je remarque que l’air y circule difficilement malgré les nombreuses fenetres. La vue sur HK island est superbe, inespéree. Je dilemne à le garder ou le quitter.
Mercredi je dine avec Angie, puis elle se laisse entrainer dans un bar de wanchai, puis deux. Elle a finalement décidé de retourner en thailande apres son experience malheureuse chez adt. En dix mois elle ne connait pas la ville, n’a rien appris, parenthese neutre, elle repart. J’aimerais qu’elle me fasse découvrir le Bangkok que je n’ai pas eu l’occasion de voir, le réel.

Jeudi Favien m’appelle. Il a déménagé sur HK le mois dernier et par un hasard incroyable nous habitons à 50m l’un de l’autre, juste en haut des marches pres du Man Mo temple. Le quartier est tres joli et en conséquence a été colonisé par les étrangers. On les rencontre en bermudas ou cheveux blonds, suitant sur hollywood road. Il fait une chaleur infernale apres un mois de typhon. A peine sorti le corps dégouline; le temps d’aller jusqu’au metro je perds 1kg d’eau, surement inutile. Les petites rues, les magasins branchés m’évoquent le Marais ou Soho à NY (d’ailleurs il s’appelle Soho et d’ailleurs je croise bcp d’homos un soir où je vais diner dans une cantine chinoise). Le soir j’emmene FS au Nept et il s’en remet à peine. je reviens avec une fille dont je ne connais pas le prénom, le gardien ne dit rien.
Je réussis à travailler un peu, le minimum. Pas encore de bureau, je n’ose meme pas m’asseoir sur le canapé de peur de le tacher avec ma transpiration continuelle. Je passe de longs moments à regarder le jour se lever en colorant les nuages, reflets sur immeubles de verre.
Vendredi birthday party. La birthday girl d’origine australienne est une ancienne artiste qui danse ivre en relevant sa minijupe — à peu près toutes les filles occidentales finissent comme ça à HK, et toutes s’arretent là, elles aiment aguicher, se rendre ivres et senxuelles, pour finalement rentrer et surement vomir sur leurs toilettes célibataires. A sa party il n’y a que des étrangers, qui hurlent en anglais, boivent de la heineken et exercent un métier autour de l’argent. Ensuite nous allons à l’incontournable Kee où vers 2h il n’y a déjà plus personne. La fille de l’entrée fait une remarque sur ma bague, je suis sur que je n’aurai plus aucun pb à rentrer dans ce club soidisant privé. La birthday girl me taquine l’oreille en s’excusant car elle doit passer un peu de temps avec ce type, bien sur un grand gros us ou australien qui pourrait lui preter un local de 500m2. Il fume un cigare, cliché total. Je retourne seul au nept où je traine avec Michelle. Qd je rentre Phuong m’appelle, elle sait ce qui se passe et finit encore en me demandant de ne plus jamais l’appeler. Elle me fatigue, ces gens surexcités me fatiguent, tous.

Samedi, autre birthday party, coté Kowloon, coté chinois, coté Irene. Karaoké, whisky thé vert, jeux de dés, je prefere 4000 fois ces soirées chinoises où l’on s’amuse en innocence, comme des ados. Je pense à la traversée de la baie en ferry, je pense à ces images qui inspiraient wong kar wai, à ce hongkong qui n’est pas celui de la colonie brittanicoccidentale vulgaire, je pense aux promenades dans saigon la nuit.
Je commence par un coca parce qu’en qq jours, mon visage porte déjà les traces de mes excès; je me suis ouvert l’arcade sourciliere, une belle cicatrice de 5cm ; des poches alcooliques cernent mes yeux, mon cerveau ne se réveille qu’après 16h. Pourtant en seconde partie de soirée je rejoins FS à une autre fete au meme Kee –la fille a l’entrée m’a effectivement reconnu, grand sourire et clin d’oeil ; uen mannequin fete son mariage avec un mannequin, ils doivent avoir des conversations terribles, ils doivent se battre pour la salle de bains, je n’ai pas du tout envie de participer, je commande un coca et le serveur me regarde dubitatif.

Je fais le voeu d’aller au temple et de ne pas sortir pendant toute la semaine prochaine. Pourtant mes soirées de lundi jusqu’à jeudi sont déjà occupées, mais ok cette fois ci par des diners/rdv pros. Je lis l’horoscope dans le South China Morning Post; pour mon signe on y parle d’un certain Tom arrivé à Hk il y a bien longtemps, perdu et sans argent, et qui y a fait fortune. Drole de coincidence encore ; on m’invite donc à suivre son exemple et à ne pas me perdre. Le temple ferme à 18h, il a plu toute la journée, je n’ai pas eu envie de sortir. J’ai lu un peu La Maladie, l’art et le symbole, j’ai écouté de la musique, je suis resté seul, sans cigarettes, puis lorsque la nuit est tombée je suis parti me promener, diner, faire les courses sans croiser le regard des autres. Endormi à 1h, réveillé à 3 sans pouvoir me rendormir à cause de cet air qui ne circule pas malgré toutes les fenetres ouvertes, malgré ce 14e étage sans visavis. Je lis tout ce qui me passe sous la main, rien à faire; je sors à 5h du matin acheter des cigarettes et du pain. Deux chats se battent et hurlent à deux km à la ronde. Des bus transportent des gens endormis, le gardien a les yeux rouges, à cette heure il ne sait plus si le 7Eleven est à droite ou à gauche, les marches humides renvoient un peu de fraicheur, quelques gouttes tombent des arbres, ponctuent mon tshirt. J’adore ces passerelles qui s’enfoncent dans la minijungle. Maintenant il pleut à nouveau, Ganesh le mouvement se découpe sur les gratteciels au lever du jour. Premiers klaxons, premieres grilles rouillées qui s’ouvrent. Essayer de dormir, rdv dans 4h.

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