Innocences

un peu trop tard

mai 12, 2008 · Laisser un commentaire

8 mai, long weekend, j’emmene bébé voir patrick. Il me semble que toutes les familles d’ile de france aient une maison en bretagne. Sur les hauts et bas, la bretagne est un lieu de villégiature de la classe moyenne supérieure qui aime à se retrouver entre voile, golf et bouffes entre amis de longue date les soirs d’été, une petit pull pastel sur les épaules étant l’accessoire indispensable pour les hommes tandis que les femmes paradent en polaire plus ou moins chic. Ils marchent en jean le long des grandes plages balayées par le vent atlantique, leurs garçons foncent en vélo et polos rayés horizonts, leurs filles suivent en baissant les yeux et souriant leurs appareils dentaires.

C’est exactement le genre d’endroit où je me trouve, mais la maison de patrick est dans l’arrièrepays, sur une côte magnifique de petite falaise surplombant l’ocean où marée haute et basse me plongent dans le meme emerveillement.

Emerveillement? Ce soir vers 10h je sors promener mon jt le long de l’océan. Il fait déjà nuit mais la lumière de la lune ne rencontre pas d’obstacle alors les nuances de la nuit forment un beau film dont la bandesonore mélange le vent qui tornade dans mes oreilles et les vagues qui s’incrusent dans les rochers de marée haute.

Je marche sur un petit chemin dans une obscurité totale, pas trop envie de finir dans un film de michel fourniret ou un faitdivers idiot, mais pourtant je m’approche du vide, pour sortir mes pieds du chemin. Ce que je ressens alors est toujours puissant et indiscernable.

Des chiens, trois chiens derrière, à une centaine de mètres, qui aboient et grognent et galopent.

Trois trentenaires passent en vélo, hésitent sur la direction à prendre, emploient des mots vulgaires puis disparaissent dans une rue perpendiculaire à la mer. Puis à gauche, à droite, personne en vue, à part les trois chiens qui aboient grogent et galopent en se rapprochant. Le premier court vers moi, mais il n’a pas l’air méchant, il passe à quelques mètres sans me regarder. Le deuxième le suit et l’a l’air un peu plus, il galope je me demande s’il va me sauter dessus mais finalment pile avec un grognement définitif à mes pieds puis fait demitour. Du coup le troisième m’ignore en beauté et ils partent faire les c*s plus loin.

Hier j’ai annoncé à nathalie que, hk ; quelques larmes,,, plus tard elle me dit qu’elle est contente pour moi et je vois qu’elle l’air sincère, comme un fait inéluctable. Elle est tellement unique. Je ne l’aime plus mais chaque fois que je la vois je me demande pourquoi. Je ne crois plus que nous serons à nouveau ensemble un jour, mais cela m’est incompréhensible. Elle me dit qu’elle n’arrive pas encore à se libérer.

/// coincidence elle appelle au moment où j’ecris /// je ne désire plus son corps, pourtant son esprit demeure si beau, quand elle me demande plusieurs fois si je sens le jasmin sur la terrasse, quand elle me fait sourire,,, on dirait qu’elle m’aime tel que je suis maintenant (vs celui que j’étais il y a un an), mais que je ne pouvais atteindre cet état qu’en étant séparé d’elle. C’est assez dramatique, sûrement injuste. Sa réaction à l’annonce de mon départ me rassure. Peut-être a-t-elle anticipé qu’elle arriverait plus facilement à « refaire sa vie » si je suis plus éloigné. Peut-être sommes nous partis pour un longue boucle.

Deux jours auparavant m’arrivait le dernier signe: en remportant le projet du S* à shanghai, je m’assure un autre projet en asie, le signe que je concentre mon énergie vers la Chine et non plus vers l’Europe. L’autre jour Ph me disait qu’elle parle vietnamien, malais, chinois et anglais. Mon français parait à la bourre d’un siècle ou deux.

Patrick n’est pas du tout étonné que je parte vivre à hk. Ca fait dix ans que je m’attendais à ce que tu m’annonces ça.

Sur le chemin du retour je photographie un escargot qui a commencé à traverser la route avant de changer d’avis et de revenir vers l’herbe. Sa trainée pointille en U. Il a perdu au moins une demieheure avec ces 12 cm pour rien. Un berger allemand m’observe derrière sa grille. Quatre humains apparaissent sous un réverbère dont la lumière ocre les colorie façon grotte de lascaux. Dans mon dos leurs maigres paroles passent pour des grognements. Chiens, troglodytes, territoires gardés, nuit déserte, cyprès se balancant dans le vent d’ouest. Un des humains ne tient pas une massue mais un baton de bois. Quelle distance entre ce que sont la plupart d’entre nous et ce que certains peuvent créer, imaginer. Combien représente, en mega-giga-tetra etc octets, la totalité du savoir humain, thèses et antithèses comprises. Quelle quantité estelle générée tous les jours. Estce simplement pour perpétuer le mouvement, origine de la vie.

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