Innocences

Entrée de mai 2008

Langueur maudite

mai 30, 2008 · Laisser un commentaire

Estce la meilleure façon de qualifier ces dernières semaines. Je suis en coma transparence 20%. Mon cerveau s’est arrêté de créer, quelque chose a cassé l’élan ; j’imagine que c’est le retour, la vie à Paris. Avec Anna nous avons marché jusqu’au bord du désert, plus aucune phrase ne me vient en tete spontanément,  je ne raisonne plus, je clique et je clique. Besoin de me ressaisir. Il me manque un, une amie–bien mieux si je couche avec elle, mais déjà pouvoir parler, échanger, sparing-partner son autofonctionnement routinier. Je ne communique qu’avec des noms sur des emails ou au bout de mon carnet d’adresses mobile.

Je ne suis plus sûr de moi et je m’en fous, pourtant le malaise de ces jours me dit quelque chose; quoi? Je ne suis même pas en état de réfléchir. Je constate qu’aucune vision de Paris ne me provoque de sentment positif. Ma première réaction est toujours neutre ou négative. Un pigeon se pose sur l’arbre devant ma fenêtre. En Asie, estce que j’aurais trouvé cela joli ? oui, le pigeon aurait été plus joli. Le soleil tarde maintenant à se coucher et pourtant la rue s’apaise après la folie des vendredis aprèsmidis.

Notes:
Autour de mon immeuble au soixantetreize michel bizot on trouve un fromager (au pied), un antiquaire en face, un traiteur chinois à droite, un grand fleuriste à l’autre angle, un primeur enf ace du fleuriste, et tout près encore un boucher, deux boulangeries, deux supermarchés, cinq banques et même un salon de massage chinois.
L’appartement est en angle, au troisièm étage. Dans la chambre, dans le salon, dans la cuisine, trois vues différentes. J’adore les carrefours et celui là est aussi bruyant que les autres. Je dors bien en la présence de mouvements, je me demande si je ne prefère pas ça au silence -la campagne m’angoisse- mais aussi si le bruit ne me rend pas fou, comme à saigon; mais le mini hotel hong phuc n’était pas bruyant, seulement la ville de 100km autour.

A Paris, je n’ai aucune envie de sortir me promener le soir. Je sais qu’il ne m’arrivera rien. Je marcherai sur des trottoirs, tournerai à des angles, boirai un verre en terrasse, longerai la seine et reviendrai neutre chez moi. Je n’ai pas envie non plus d’aller boire un verre quelque part seul.

Aujourd’hui a été une journée maudite. Je n’ai pas réussi à faire un job correctement, ca m’a stressé et en revenant chez moi, alors que j’avais décidé de me détendre en prenant un verre à une terrasse de café, je renverse le verre sur moi, pile à l’entrejambe, taches honteuses mais verre à nouveau rempli. Et enfin en revenant, état atonique, écrivant sur l’ordi, coucher de soleil reflétant sur les nuages, phuong m’appelle et finalement me raccroche au nez pour un de ces trucs idiots. Il est 22h et j’ai l’impression d’avoir vécu en une journée assez d’horreur pour plusieurs mois. Temps que je me mette en marche pour préparer le départ.

Je crois que je ne serai heureux qu’en voyageant. Mon premier voyage fut surement de prendre l’avion à 6 ans pour venir en France. Seul, alors mon oncle m’avait confié à trois jeunes filles qui faisaient le meme trajet. Je crois avoir encore leur image gravée. L’avion a été arrêté à Bangkok pendant une nuit, je ne sais pas où j’ai dormi.
Ensuite voyages en Angleterre: Londres avec la classe (cheveux bombés sur Carnaby St), puis Brighton en linguistique, spaghettis sur tartine beurrée, espaces de loisirs sur la mer. Puis à 17 ans le Kansas, Wichita, la famille d’obèses, leur american way of life des années 80 entre frigo géant et 4 juillet dans le stade la main sur le coeur. Puis l’Europe, puis le grand choc de l’Egypte, celui du Vietnam etc etc.
Je rêve que mon existence tienne dans une grande sacoche, que les vetements et les meubles m’attendent où que j’aille. Je n’ai aucune envie d’acheter quoique ce soit qui me rattache durablement à un lieu.

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La raison

mai 18, 2008 · Laisser un commentaire

Samedi 17 mai je suis en normandie, dans un lieu que je n’ai jamais réellement pu situer sur une carte, quelque part le long de l’A13, à 50km de honfleur, village classé parmi les plus beaux de france, vallées verdoyantes (il pleut souvent), routes traversant des bois petits et très denses. C’est l’anniversaire de mon nouveau père, une fête surprise lui a été organisée, ses plus proches amis, nous passons l’apresmidi dans le magnifique jardin.

La nouvelle de mon départ à hk s’est propagée dans ce groupe d’une trentaine qui ne me connait pas mais entend parler de moi depuis quasi 1 an. Ils sont des gens qui ont plutôt bien reussi (les plus belles marques de voitures garées en ligne), bons vivants et ont eu un rapport plus ou moins proche avec l’asie.

Il est 1 heure du matin, ils sont tous couchés, dans la salle à manger pénombre, besoin d’écrire de décrire cette sensation d’être poussé, levé par ces personnes qui tout l’apresmidi m’ont tour à tour parlé de hk. Ce couple (ma nouvelle cousine) y est allé pour leur premier voyage d’amoureux. Ce septuagenaire encore bien vigoureux s’y rendait pour acheter des petits gadgets qu’il revendait par dizaines de milliers en france. Cette magnifique femme de 50 me transperce par la bleueur de ses yeux. Jan me parle romantique et force du destin.

Dans l’apresmidi il pluie de mousson, puis il soleille à en projeter une dizaine de personnes dans la piscine, dont certains se baignent en sousvetements. Ils sont bien plus délurés que moi et n’importe qui de ma génération, à 60-70 ans. Nous buvons champagne et vins, douceur de vivre. Bébé court avec sa copine, me supplie pour rester dans l’eau avec ses lèvres violettes, à chaque fois que je la regarde je pense comme je l’aime et à la douleur à venir de la séparation. Elle est aussi la seule maintenant qui ne le sache pas et je ne supporte pas de me cacher, surtout à celle que j’aime le plus.

Impression: tout ce qui m’arrive, tout ce qui est arrivé depuis un an me semble avoir été pensé, consciemment souhaité. A un moment j’ai voulu que nathalie me quitte. A un moment j’ai voulu que jmé, s’il la fascinait, devienne son nouveau. A un moment j’ai voulu, avant 40 ans, habiter en Asie. Devoir ou non écouter ces pensées fugitives acides, écloses vénéneuses pleines de jus puis fanées par la raison.

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un peu trop tard

mai 12, 2008 · Laisser un commentaire

8 mai, long weekend, j’emmene bébé voir patrick. Il me semble que toutes les familles d’ile de france aient une maison en bretagne. Sur les hauts et bas, la bretagne est un lieu de villégiature de la classe moyenne supérieure qui aime à se retrouver entre voile, golf et bouffes entre amis de longue date les soirs d’été, une petit pull pastel sur les épaules étant l’accessoire indispensable pour les hommes tandis que les femmes paradent en polaire plus ou moins chic. Ils marchent en jean le long des grandes plages balayées par le vent atlantique, leurs garçons foncent en vélo et polos rayés horizonts, leurs filles suivent en baissant les yeux et souriant leurs appareils dentaires.

C’est exactement le genre d’endroit où je me trouve, mais la maison de patrick est dans l’arrièrepays, sur une côte magnifique de petite falaise surplombant l’ocean où marée haute et basse me plongent dans le meme emerveillement.

Emerveillement? Ce soir vers 10h je sors promener mon jt le long de l’océan. Il fait déjà nuit mais la lumière de la lune ne rencontre pas d’obstacle alors les nuances de la nuit forment un beau film dont la bandesonore mélange le vent qui tornade dans mes oreilles et les vagues qui s’incrusent dans les rochers de marée haute.

Je marche sur un petit chemin dans une obscurité totale, pas trop envie de finir dans un film de michel fourniret ou un faitdivers idiot, mais pourtant je m’approche du vide, pour sortir mes pieds du chemin. Ce que je ressens alors est toujours puissant et indiscernable.

Des chiens, trois chiens derrière, à une centaine de mètres, qui aboient et grognent et galopent.

Trois trentenaires passent en vélo, hésitent sur la direction à prendre, emploient des mots vulgaires puis disparaissent dans une rue perpendiculaire à la mer. Puis à gauche, à droite, personne en vue, à part les trois chiens qui aboient grogent et galopent en se rapprochant. Le premier court vers moi, mais il n’a pas l’air méchant, il passe à quelques mètres sans me regarder. Le deuxième le suit et l’a l’air un peu plus, il galope je me demande s’il va me sauter dessus mais finalment pile avec un grognement définitif à mes pieds puis fait demitour. Du coup le troisième m’ignore en beauté et ils partent faire les c*s plus loin.

Hier j’ai annoncé à nathalie que, hk ; quelques larmes,,, plus tard elle me dit qu’elle est contente pour moi et je vois qu’elle l’air sincère, comme un fait inéluctable. Elle est tellement unique. Je ne l’aime plus mais chaque fois que je la vois je me demande pourquoi. Je ne crois plus que nous serons à nouveau ensemble un jour, mais cela m’est incompréhensible. Elle me dit qu’elle n’arrive pas encore à se libérer.

/// coincidence elle appelle au moment où j’ecris /// je ne désire plus son corps, pourtant son esprit demeure si beau, quand elle me demande plusieurs fois si je sens le jasmin sur la terrasse, quand elle me fait sourire,,, on dirait qu’elle m’aime tel que je suis maintenant (vs celui que j’étais il y a un an), mais que je ne pouvais atteindre cet état qu’en étant séparé d’elle. C’est assez dramatique, sûrement injuste. Sa réaction à l’annonce de mon départ me rassure. Peut-être a-t-elle anticipé qu’elle arriverait plus facilement à « refaire sa vie » si je suis plus éloigné. Peut-être sommes nous partis pour un longue boucle.

Deux jours auparavant m’arrivait le dernier signe: en remportant le projet du S* à shanghai, je m’assure un autre projet en asie, le signe que je concentre mon énergie vers la Chine et non plus vers l’Europe. L’autre jour Ph me disait qu’elle parle vietnamien, malais, chinois et anglais. Mon français parait à la bourre d’un siècle ou deux.

Patrick n’est pas du tout étonné que je parte vivre à hk. Ca fait dix ans que je m’attendais à ce que tu m’annonces ça.

Sur le chemin du retour je photographie un escargot qui a commencé à traverser la route avant de changer d’avis et de revenir vers l’herbe. Sa trainée pointille en U. Il a perdu au moins une demieheure avec ces 12 cm pour rien. Un berger allemand m’observe derrière sa grille. Quatre humains apparaissent sous un réverbère dont la lumière ocre les colorie façon grotte de lascaux. Dans mon dos leurs maigres paroles passent pour des grognements. Chiens, troglodytes, territoires gardés, nuit déserte, cyprès se balancant dans le vent d’ouest. Un des humains ne tient pas une massue mais un baton de bois. Quelle distance entre ce que sont la plupart d’entre nous et ce que certains peuvent créer, imaginer. Combien représente, en mega-giga-tetra etc octets, la totalité du savoir humain, thèses et antithèses comprises. Quelle quantité estelle générée tous les jours. Estce simplement pour perpétuer le mouvement, origine de la vie.

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IKU

mai 6, 2008 · Laisser un commentaire

chez Emilhomme un appareil crépille. Il est plus de 2h du matin et la machine non identifiée couine dans le salon à intervalles irréguliers.

Weekend dernier parfait. Bébé, mon père & moi sommes sur une vaste plage, il fait beau, nous faisons voler des cerfs volants dans le ciel bleu. Chaque enfant a eu droit à un cerf volant de papier vierge et des feutres pour le dessiner. Bébé a fait un motif à quatre losanges oranges et verts. Nous l’avons fait décoller, dérouler le fil et s’envoler de plus en plus loin de nous. Plus il s’éloignait plus il semblait grandir.

A 16h, tous les enfants furent invités à faire voler leurs créations en meme temps. Merveilleuse vision de ces dizaines dessins d’enfants flottant sur fond immaculé, soleil en plein phare, bercés par le vent paresseux. Une scène à voir accompagnée d’un bel canto tragique.

Ensuite tour de poney. Mon père nous a attendu accoudé à une barrière à côté d’une fille un peu sexy, avec de grandes lunettes de soleil. Sur les planches, les familles de classe moyenne et bourgeoise se promenaient avec le sourire du printemps. Cet espace dégagé accroit la densité de l’air. J’aime cette torpeur, parfois.

Revenu en France. A paris j’ai 45 ans, à HK j’en ai 25. Ici je pèse 10 kilos de plus, je ne suis pas léger. Mes gestes sont contraints, gênés, je n’ose pas trop regarder mon voisin de métro. Je préfère caresser la touche >>| de mon lecteur mp3 pour qu’il avance au morceau suivant, pour changer l’émotion de la scène. Je suis sous terre ou au fond d’un bureau. Je n’ai jamais l’occasion de promenade mélancolique au bord d’une mer. Comparée aux fleuves d’ailleurs, la Seine est un ruisseau où ne passent que des lentes embarcations rouillées.

Dans l’avion du retour (15/4), plein de philippins jusqu’à doha, se rendant certainement à dubai, puis de doha à paris, beaucoup de vietnamiens qui ont adouci la transition. Je fascine sur le documentaire Arbres, déjà vu mais toujours
Les visages des francais à coté, leurs mines fatiguées, leurs vetements froissés, … Je me demande où est l’élégance, la hauteur d’esprit dont les Francais se réclament ? dans le taxi radio de manifestations, comme d’habitude je craque en silence. Je fais ce que j’ai à faire, quelques jours passent, dix jours et je m’apercois un beau matin que je suis finalement sonné — alors je reprends mes esprits et repars en marche organisée.
Dans le monde les émeutes de la faim, trentetrois pays, des trucs passent à la télé, des nouvelles sans importance, mais les victimes quotidiennes systematiques ne sont meme plus un bruit de fond. Je passe beaucoup trop de temps au telephone avec ph, mais elle est mon lien le plus intense avec l’asie. La premiere image du vietnam qui me vient à l’esprit, c’est l’ombre des paletuviers dans les rues de saigon.

Vendredi je parle à Bruno qui me conseille de le faire,
Samedi j’en parle à JeanPaul qui me conseille de le faire,
Lundi je recois un mail d’Annie qui me propose un bureau,
Lundi, 28 avril (04) 2008, je me décide, je me sens libéré

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chez Emilhomme (paris, le retour)

mai 3, 2008 · Laisser un commentaire

un appareil crépille. Il est 2h du matin et la machine non identifiée couine dans le salon à intervalles irréguliers. Impossible de la localiser et de savoir ce qu’elle désire.

 

Weekend dernier parfait. Bébé, mon père & moi sommes sur une vaste plage normande, il fait beau, nous faisons voler des cerfs volants dans le ciel bleu. Chaque enfant a eu droit à un cerf volant de papier vierge et des feutres pour le dessiner. Bébé a fait un motif à quatre losanges oranges et verts. Nous l’avons fait décoller, dérouler sa longue traine et s’envoler de plus en plus loin de nous. Plus il s’éloignait plus il semblait grandir.

 

A 16h, tous les enfants furent invités à faire voler leurs créations en meme temps. Merveilleuse vision de ces dizaines dessins d’enfants flottant sur fond immaculé, soleil en plein phare, bercés par le vent paresseux. Une scène à voir accompagnée d’un bel canto tragique.

Ensuite tour de poney. Mon père nous a attendu accoudé à une barrière à côté d’une fille un peu sexy, avec de grandes lunettes de soleil. Sur les planches, les familles de classe moyenne et bourgeoise se promenaient avec le sourire du printemps. Cet espace dégagé accroit la densité de l’air. J’aime cette torpeur, parfois. Le monde défile dans une vidéo silencieuse.

Revenu en France. A parisje pèse 10 kilos de plus, je ne suis pas léger. Mes gestes sont contraints, gênés, je n’ose pas trop regarder mon voisin de métro. Je préfère caresser la touche >>| de mon lecteur mp3 pour qu’il avance au morceau suivant, pour changer l’émotion de la scène. Je suis sous terre ou au fond d’un bureau. Je n’ai jamais l’occasion de promenade mélancolique au bord de la mer. Comparée aux fleuves d’ailleurs, la Seine est un ruisseau où ne passent que de lentes embarcations rouillées.

Dans l’avion du retour (15/4), plein de philippins jusqu’à doha, se rendant certainement à dubai, puis de doha à paris, beaucoup de vietnamiens qui ont adouci la transition.
Je fascine sur le documentaire Arbres, déjà vu mais toujours (                                   ). Les visages des francais à coté, leurs mines fatiguées, leurs vetements froissés, … Je me demande où est l’élégance, la hauteur d’esprit dont la France se réclame ? dans le taxi radio de manifestations, comme d’habitude je craque en silence alors que défile la banlieue. Les jours suivantrs je fais ce que j’ai à faire, dix jours et je m’apercois un beau matin que je suis finalement sonné — alors je reprends mes esprits et repars en marche organisée.

Dans le monde les émeutes de la faim, trentetrois pays, la crise des subprimes, les demi faillites à la chaine, les bourses qui boitent  et des trucs passent à la télé au milieu de nouvelles sans importance, les victimes quotidiennes systematiques, aplaties, ne sont meme plus un bruit de fond. Je passe beaucoup trop de temps au telephone avec ph, mais elle est mon lien le plus intense avec l’Asie. La premiere image du vietnam qui me vient à l’esprit, c’est l’ombre des paletuviers dans les rues de saigon.

Vendredi je parle à Bruno qui me conseille de le faire,
Samedi j’en parle à JeanPaul qui me conseille de le faire,
Lundi je recois un mail d’Annie qui me propose un bureau,
Lundi, 28 avril (04) 2008, je me sens libéré, je me sens prêt à passer de l’autre côté du monde.

Catégories : Non classé