Il fallait que je m’achète un jouet à Mongkok, alors j’ai craqué pour un petit lecteur mp3 bleu turquoise. De retour à l’hotel je repasse à travers la 30taine d’albums contenus dans mon ordi et rentre le best of dans la petite machine dont la LED scintille de plaisir. Je traverse les musiques et autant d’états successifs variés et incohérents. Fred est parti ce soir, me laissant seul avec mes dilemnes et mes cigarettes. Finalement il n’est pas l’heure et je sors me promener au milieu de la nuit, la musique et les passants enfin silencieux; la nuit, le samedi, il y a la queue à la HSBC sur Hennessy Road; devant les distributeurs les mecs aux yeux injectés de sang retirent des liaisses de 100 hk$ alors que dehors, les putes fatiguées discutent en attendant leurs copains de la nuit. Elles se ressemblent toutes, philippines, thailandaises, vietnamiennes, leurs jupes courtes ou leurs jeans cheap, leurs chaussures à talons plus ou moins compensés, leurs cheveux secs, leur parfum de nuit et l’odeur particulière de leurs peaux mates. Ailleurs, derrière des poteaux, des couples s’entrejambent et se titubent alors que des chinois en polo sac à dos attendent un bus sans arrêt de bus au milieu des circulations de taxis rouges. Il est presque 4h du matin et hongkong ne dormira pas, les weekends y sont toujours blancs.
Mercredi matin je change d’hotel; ne sachant pas où se trouve le nouveau, je prends un taxi, qui fait le tour du bloc et me dépose à moins de 50 mètres. Le chauffeur n’a rien dit, il est meme sorti pour m’aider à extirper mon énorme valise. Exactement au même moment, Fred arrive à l’hotel, tout de suite il me raconte comment il est pris par l’énergie de la ville. Nous partons feter nos retrouvailles puis balade jusqu’au ferry; nous traversons la baie, ce trajet toujours magique, souvenirs d’Icy. A Tsim Sha Tsui je passe prendre mon visa pour la chine. Les boutiques de luxe –toujours la queue devant LV– me paraissent d’un autre monde artificiel après ces quelques jours passés dans les bureaux au fin fond de hk. L’apresmidi un tour chez le prototypeur et creusage de tête. Christina m’écrit qu’elle doit sortir de hk pour refaire son visa, estce que je veux aller avec elle à Macao dimanche ? Je ne comprends pas trop mais réponds un truc enthousiaste. Le soir, je la rencontre et elle me présente Phuong. Qui la fait disparaitre.
Jeudi déjeuner avec Irene qui ne travaille plus chez ADT mais, comme la moitié des gens de HK, pour une compagnie d’assurance (l’autre moitié travaillant pour une banque). A peine une semaine et elle s’y ennuie, pas étonnant. Irene ne devrait pas croire qu’elle est faite pour vivre dans une case en tailleur noir. Passage chez ADT pour voir les 3D du Si lmo, et le soir nous arrivons au Kee surbondé pour la fete de RedDogTimon. Phuong se fait aborder successivement par trois types qui lui disent tous les trois qu’ils sont des nice guys, où va-t-elle ensuite, je te suivrai n’importe où. Un Francais, un Anglais, un Australien. Le même truc à la place du cerveau. Elle leur répond à tous les trois qu’ils ne voudraient surement pas la suivre chez moi. Elle me raconte ça avec des yeux brillants, estce que tu n’es pas chanceux ? Sans surprise je ne ressens aucune jalousie, aucune possession. Nous quittons la soirée trop banale et je ne sais plus où elle se finit –enfin si.
Le lendemain, j’ai rendezvous à dix heures à Kowloon, j’arrive avec deux heures de retard. Ph m’accompagne car elle part qq jours à Singapour. Nous partageons un taxi pour traverser la baie, nous retardons le moment où il faudra nous séparer. J’ai promis de la revoir à Vung Tau dès que j’y passe.
Je suis allé deux fois à Vung Tau ; la premiere en 94 avec Anne, partis depuis Saigon en Honda Dream II de base. La moto avait eu une, deux, une centaine de pannes successives; à chaque fois, parce que c’est le vietnam, il y a toujours quelqu’un à moins de trois mètres qui s’y connait. Nous avons bu autant de cafés que de pannes. La derniere a eu lieu à l’entrée de la ville, alors que je nous croyais arrivés. De colère j’avais balancé la carcasse de ferraille là où elle s’était arretée et j’étais prêt à la laisser sur place, couchée sur le côté. Au bout de neuf heures de route poussiéreuse, nous avions atterri dans un des seuls hotels où une chambre était encore disponible ; nous étions arrivés trop tard pour profiter de la mer, des cafards couraient lentement le long du mur et nous devions repartir le lendemain assez tot pour je ne sais plus quelle raison.
La seconde fois, ma tante (dans la définition large du vietnam) avait organisé un petit tour avec son mari et une autre tante, dans une définition encore plus large. Nous étions partis en minibus et c’etait la premiere fois que je voyais quelqu’un se frapper le front pour faire passer un mal de crâne. La plage était bondée sur plusieurs couches et des hauts parleurs derrière nous crachaient un bruit qui avait du etre de la musique avant d’etre broyé par des enceintes datant de l’ère précommuniste.
Le vendredi apresmidi je prends le bus qui m’amène à la frontière, une des cinq portes vers la Chine. Mon passeport est rempli sur toutes les pages sauf les deux dernieres de visas pour la Chine et de tampons à sinogrammes. J’y suis déjà passé pour voir l’usine d’ADT ; entre 300 et 500.000 personnes traversent chaque jour la frontière; les Chinois mainland viennent visiter et se faire mépriser par les HKgais, et ceuxci vont soit travailler soit s’amuser car tout (tout) est moins cher, juste là, à une demie heure de chez eux.
Apres la frontière, que l’on traverse en bus, je ne suis jamais allé à Dongguan mais je n’aime pas ce que je vois. Dongguan est, comme Shenzhen, l’alibi économique de HongKong; toutes les entreprises sérieuses ont leur siège à HK et leur unité de production en Chine, à une distance inversement proportionnelle au salaire des ouvriers. La ville baigne dans une poussière grise, les gens sont exudent la pauvreté au ras des tongs et il règne une atmosphère de saleté, de vulgarité comme j’en ai rarement connu en Chine. Il y a ceux qui crachent en se raclant la gorge, ceux qui vous éternuent au visage, ceux qui puent autant que leurs vêtements, ceux qui ont le visage de la misère, des poliomélytes rampent à même les ordures qui jonchent le sol et la circulation ne respecte ni les lois -passe encore- ni les etres humains. Les bébés ne sont pas plus importants que la mère qui les porte et tous deux sentent le vent des véhicules éructants les raser. Les feux rouges égrènent les secondes restantes avant le feu vert et l’on démarre à 5, tant pis si un camion arrive ou si une vieille dame n’a pas eu le temps, elle devra se contorsionner. Elle n’a même plus peur, la mort l’accompagne depuis ses premiers pas. On se klaxonne et on s’écrase en s’injuriant. Au milieu de l’autoroute, un groupe soigne quelqu’un au milieu des files de voitures qui ne ralentissent pas. Les immeubles sont délabrés, sauf les hotels et les restaurants, et les néons glauques rythment les étages cliniques où l’on étent du linge blanc blafard ; il est 15h mais il fait si sombre.
Je pénètre dans leurs bureaux, ambiance vietnam, boutiques au rez de chaussée, claquettes en plastique, ventilateurs, pantalons uniformes aux jambes retroussées, klaxons en arrièreplan. Je vois un des prototypes, ce sera tres beau lorsqu’ils auront appliqué la finition. Je le sais parce qu’en le voyant j’ai ce frisson.
La réunion se finit vers 20h, on m’emmène à l’hotel ; la chambre est une suite de 80m² avec un salon, deux toilettes et une salle de bains en rotonde, un mur entier est une baie vitrée qui court sur 10m et donne sur la grande avenue deux fois six voies. Elle coute 25 euros la nuit. Des petits détails montrent que nous sommes bien en Chine: la prise Ethernet est placée sous une table basse dans un coin inaccessible pour travailler ; l’angle du robinet fait couler l’eau à la bordure du lavabo ; à la réception personne ne parle anglais. Ensuite ils m’emmènent dîner en dix minutes parce qu’il faut se dépecher d’arriver au karaoké avant que les plus belles filles soient prises. Le karaoké se déroule dans un hotel qui possède le plus grand hall que je n’ai jamais vu (Cinese hotel). J’aeroglisse sur le marbre et mes yeux se cognent aux dorures ; des poissons de 4m de long tournent dans le bassin central. Des groupes d’hommes aux visages rouges hurlent fort en se tapant le dos. Certains sont déjà ivres de leur diner et de leur liberté. Autre détail, à hall gigantesque, ascenceurs minuscules. Il n’y en a que deux et un seul en fonctionnement. Nous montons à l’étage dédié à “l’entertainment”. La responsable nous fait entrer dans une salle plus haute que large dont la déco a été confiée à un Claude Dalle sous perfusion de canard laqué. Nous nous installons sur les canapés face à l’écran géant et un ballet bien organisé met en route les machines et l’alcool. Je commande le mélange whisky-thé vert pour ne pas créer de confusion. Sur la table basse attendent les dés et les fruits. Puis la porte s’ouvre, la responsable entertainment entre, suivie d’une dizaine de filles en robe sexy de polyester. Peut-etre parce que je suis l’invité, on me propose la plus jolie. J’essaie d’en trouver une qui parle anglais, il n’y en a pas – “no need, body language”, et rires.
Je m’endors à 3h du matin, et me réveille à 6h30. J’ouvre les rideaux, l’impression que je suis le dernier réveillé dans la ville. Petit déjeuner dans le restaurant au rezdechaussée, flashback en 2001 à Pékin : impossible de se faire comprendre, même pour commander un café glacé, trois filles se succèdent en vain. Malheureusement le café n’est pas en photo dans le menu qui est par ailleurs en chinois de haut en bas. Ok, je regarde la rue passer devant moi en attendant qu’on vienne me chercher. Un occidental, le premier que je remarque depuis mon arrivée la veille, traverse l’immense carrefour et se fond dans la foule. Il n’a pas de costume, porte une simple besace. De dos on pourrait le prendre pour une femme. Il dégage qq chose d’interessant, mais il quitte rapidement mon horizon à travers les vitres déjà grisatres.
Puis rendez-vous dans une usine qui fabrique des LED pour de grandes marques internationales. Les discussions se déroulent en mandarin mais bizarrement je trouve les solutions. Il me semble les comprendre seulement par quelques mots saisis au vols et par leurs gestes. Parfois j’ai l’impression qu’un déclic va se produire et que d’un coup je pourrai les comprendre, comme si j’avais été chinois dans une vie antérieure. Je me demande s’ils ne sont pas le Peuple de A&tP.
En milieu d’apres midi, retour sur HK par voiture, frontière et bus. Des milliers de personnes prennent le chemin en sens inverse : les mainland rougeauds reviennent chez eux alors que le sang des HKgais leur monte au visage à mesure qu’ils s’approchent de leur paradis hebdomadaire. L’industrie du sexe ne sert pas seulement à accompagner les affaires, elle représente un business énorme à elle seule. HamWai : la Chine est le plus grand red light district du monde. LeoPort : je t’emmènerai la prochaine fois dans un endroit aux filles incroyables. Tout le monde connait des dizaines d’adresses de salons de massage, de karaokés, de bars faciles, et vu la valeur infime de l’etre humain ici, je n’ose penser à ce qu’on peut trouver en cherchant un peu. Pourtant, Dongguan est la ville la moins excitante du monde, quelque chose dans l’air me dégoute.
Dans la voiture du retour, LeoPort me propose de travailler avec lui sur le design de mobilier en me laissant totalement libre sur la création.
Dimanche, endormi sans raison à 6h et réveil à 11 pour déjeuner avec Annie. Elle me conduit jusqu’au Peak. Devant la brume qui cache tout panorama, elle me dit que je devrais venir en Chine, il y a tant de choses à faire pour qq1 comme moi, je n’aurais aucun probleme. Je lui explique la situation, mon choix pour l’instant. Elle me répond: tu ne seras pas heureux.
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