Innocences

Entrée de mars 2008

hk, et le feu

mars 28, 2008 · Laisser un commentaire

pris aujourd’hui les billets pour hongkong, aller voir les prototypes. j’y serai du 3 au 15 avril, un peu plus longtemps qu’il n’en faudrait mais un peu moins que je n’en voudrais, une bouffée d’air.
Ils m’emmeneront à Dongguan, où je suis déjà passé une journée l’année où j’ai travaillé sur le stand Sw (06). Je n’ai vu la ville qu’à travers ses usines, ce dont elle est probablement composée à 99%. J’ai aussi vu le % restant du premier étage d’un restaurant dans lequel nous avons déménagé. J’ai vu Shenzhen et chaque paysage chinois, où le mélange de capitalisme occidental et d’esthétique chinoise se formalise dans des architectures uniques, vitrées, froides, reflétant le ciel, et à leur pieds des terrains vagues, des immenses avenues où les vélos circulent dans les contre allées ; souvent des rangées d’arbres, surtout à Guanghzou, et souvent la chaleur, la poussière, les moteurs — et des voix chinoises.

Cang sera làbas, fred viendra aussi. Nous allons filmer des paysages flous. Corla s’impatiente mais je n’ai pas envie de la voir tout le temps.

Ce soir sorti pour acheter un briquet, passé devant une librairie encore ouverte à 23h car soirée signature d’anna gavalda. Une petite foule se presse avec son dernier roman sous le bras. J’ai l’impression de ne pas avoir acheté de livre hors d’un aéroport depuis 10 ans.
J’en ressors une demieheure plus tard :

 –JPierre Levaray : Putain d’usine suivi de Après la catastrophe et Plan social (~2001). Autorécit déprimo-houellebecquien d’un ouvrier de rouen dans une usine de produits chimiques qui va fermer suite à AZF. Symboliquement, raconte la vie d’une grande partie de la population active. Hormis qq 25-35 qui y croient encore, nous sommes tous des ouvriers.

Lao She : Histoire de ma vie. Ce n’est pas le Lao She que je croyais, mais il est tout aussi vieux et surement aussi chinois.

Marc Aurèle : Pensées, Livres I à XII

Elfriede Jelinek : Enfants des morts. La seule écrivain de fiction vivante (h et f confondus) que je lis.

Les 36 stratagèmes, Manuel secret de l’art de la guerre. Livre ancien chinois avec un bon pitch: “Ce manuel peut etre aussi utile dans toutes les situations de conflit auxquelles chacun de nous doit faire face”

– en commande: Groddeck. La maladie, l’art et le symbole.

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mercredi 26

mars 26, 2008 · Laisser un commentaire

Jour de silence. Beaucoup de fumée, trop peu de pensées. Les aller-retours mécaniques de la souris et de l’oeil. Tunnel de 8 heures de travail sur photoshop.
Endehors de là, fin de jour étrange où, reprenant pied dans le réel, je me heurte à des bloquages sans grande conséquence. Pourtant leur soudaine apparition simultanée en conclusion d’une journée neutre m’intrigue. Je vérifie, ce n’est pas la pleine lune.

J’avais déjà remarqué le clochard qui vit sous la fenetre de la cuisine. Ce soir je me suis aperçu que c’est une femme. Elle a crié, hurlé, elle hurle depuis tout à l’heure contre un mec invisible, le traite de tous les noms.
Je découvre aussi qu’un deuxieme clochard, un homme, dort à meme le sol, sous une minuscule couverture hideuse sur une grille d’aération. Il dort à l’autre angle de la meme rue.

deux h plus tard, ,, Le samu social est venu ramasser le second, et la première hurle tjs, avant de s’éteindre, peut-etre pour la nuit. J’écoute serguei rachmaninov puis nikolai rimsky-korsakov, sans arriver à envisager ni la suite imminente -travailler- ni demain, toute une journée stressante jusqu’au soir où je rencontre l’étrange caroline.

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23 mars 8

mars 23, 2008 · Laisser un commentaire

une semaine que je suis officiellement sorti du génie. Comme Emillhomme est absent et comme je n’ai rien eu à faire samedi soir, j’ai passé mon premier weekend seul chez mon nouveau moi.

Dimanche au déjeuner un tournedos suave en bouche m’attendait accompagné du sourire de bébé et de la mere de nathalie. Moment de douceurs, de rires et blagues, baigné par un soleil paisible. Ensuite nous allons chez VNguyen, son petit garçon.

Je rentre et il me reste un peu de temps avant de rencontrer paloma, à une station de métro que je ne connais pas vraiment. En attendant de partir je passe un moment contemplatif à la fenetre du salon. Toujours aimé les carrefours, et les regarder depuis un 3e étage me fascine. Dans les hotels où je séjourne au 8, 13, 26 ou 32e étage, visions de la vie fourmilliante: les individus qui vivent sous mon oeil, en contrebas, se confondent en ombres identiques qui suivent des directions détachées de leurs identités mais aggrégées en multiples flux : depuis ou vers le métro, le supermarché/mall, traversant le carrefour en biais. Les flux se croisent comme des ruisseaux volatiles, pointillistes. J’aime constater faits et objets qui détournent la circulation naturelle de ces hommanimaux; par exemple la pancarte d’un restaurant qui impose au passant une chicane, ou bien trois petites vieilles qui marchent très lentement et occupent toute la largeur ; les flux se déforment et c’est, vu d’ici, un ballet abstrait, graphique de microdécisions qui se prennent ou ne se prennent pas. De ces instants volés se dégagent parfois des vérités sur l’etre humain; je me base non pas sur un seul instant mais sur la répétition de microdécisions que crée l’obstacle, ou le fait. Lorsqu’une voiture gêne à un carrefour, ce sont dix ou quinze personnes qui seront confrontées à cette situation basique. Et il y aura autant de décisions différentes, personnelles mais au fond avec une vaste conséquence commune et immuable.

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Sitgès

mars 19, 2008 · Laisser un commentaire

Je fume à la fenetre de la cuisine, la lune quasi pleine, quinze degrés de moins ici,. En contrebas un clochard d’une quarantaine d’années parle seul, se véhémente contre un interlocuteur imaginaire. Il fume –il fume tout le temps– et il se renverse des coups de rouge pour reprendre sa respiration. Des passants passent. Deux mètres carrés sur un trottoir parisien.

Parti dimanche soir, pas d’impression spéciale, j’ai quitté une ville par son autoroute en taxi jusqu’à cdg, j’arrive dans un autre aéroport (el prat/bcn), et un autre taxi m’emmène par l’autoroute, la même banlieue où les logos géants brillent sur de longs kilometres, voir défiler les constructions humaines me rend toujours mélancolique, j’envoie un sms. 

le taxi contourne barcelone et grimpe plusieurs collines successives avant de descendre vers la mer. Entrée dans Sitgès, la Provence, les scooters, art deco, méditerranéen, un quartier antico traversé le mardi à pied, un mélange de la baule et de menton, bourgeois et touristique, à la fois mignon et internationalisé, douceureux, silencieux, endormi.

Sitgès est pourtant une capitale européenne du gayisme, avec sa Sin street ; donc je m’attendais à plus d’animation, de la house dans les rues, mais sitgès est en repos, la saison n’a pas encore ouvert et ***lla m’assure que lorsque je reviendrai je ne voudrai plus rentrer à l’hotel.
l’hotel est le dolce, situé quelque part au bout d’un chemin de terre qui n’a pas été bétonné depuis 3 ans. Enorme patio ouvert sur la méditerranée, lampions de 1m de haut accrochés sous un toit se balacant au vent façon couverture de AD, à droite la réception, si loin, à des kilomètres, tout est bien, joli, déco proche des shangri-la. Chambre encore à qq centaines de mètres, je me perds dans les couloirs en voulant faire le malin. Executive room, vue sur la mer, terrasse, un tripyque sur les petits pois, chocolat sur lit emperor size.

Je rejoins,, barbara,, qui baille dans le restaurant. Bonne soirée, cadre agréable, négroni sur la carte, excellent moment, la nuit, les vagues quelque part. Lundi matin (                  ), rdv puis visite, visites, je n’ai pas l’impression de regarder la ville. Sitgès doit seulement vivre à partir du printemps — à qq jours près. Nous entrons dans des lieux, serrons des mains, sourions, prenons des couloirs, entrons dans des salles pouvant accueillir 100 personnes, posons des questions, jaugeons l’ambiance générale et repartons après avoir pris plus ou moins de photos et à nouveau serré les mains et souri. La sélection n’est pas très intéressante, sauf un club où ils feront la fete, et un ou deux restaurants. Diner dans un restaurant thai, vin local, mal assis, un dernier négroni à l’hotel avec b, la veine sur mon front palpite.

Mardi matin visite, visites, beaux lieux, les pièces s’organisent, se dénouent, retour à Paris tard, autoroute de nuit ; à cdg, le taxi nous attend avec un panneau, et hallucinament elle est une magnifique africaine en robe moulante et ongles longs, bouche, cils, voix rauque, on croirait une mannequin sorti d’un rail de coke, les passants se figent sur son passage, très drole, avec des expressions dalinesques sur le trip je suis votre maman et quand maman…

daumesnil: je me sens bien dans cet appartement, je découvre et explore peu à peu mon territoire, j’ai emménagé samedi soir et suis parti le dimanche à sitges, l’appartement se résumait à une chambre et une salle de bains. A mon retour, emmilhome dormait déjà, nous n’allons pas beaucoup nous croiser dans la semaine (il part à septheures et demie le matin). dans l’appartement un vieux revolver et ailleurs un couteau nordafricain, je grésille en passant à côté d’eux. J’écris sur le lit, la fenetre entrouverte, circulation de 1h24 du matin, je vois un bout du trottoir d’en face, deux mètres carrés de trottoir.

Catégories : Toujours

15 mars 8

mars 16, 2008 · Laisser un commentaire

deux heures vingt huit, journée importante: la nuit derniere à la bellevilloise, Anhe qui me reconnait, à cinq heures vingt cinq  chercher un taxi, un métro, un vélib,

je ne me reveille pas, j’arrive chez bruno aussi embué que d’habitude, ensuite revenir, sortir l’énorme valise chinoise, trier les habits, la remplir et l’amener à la porte. Remplir la petite valise blanche que j’emprunte pour partir à barcelone.

Elles reviennent nous passons un moment ensemble, je me sens fracturé. nathalie descend, veut m’amener jusqu’au taxi mais je prefere la quitter ici, dans ce petit hall d’immeuble. J’érige un mur épais invisible entre nous. Dehors une pluie de mousson, j’enfourne l’énorme valise dans le coffre. Puis le faubourg saint antoine défile, les gouttes de pluie dansent en halo autour des réverbères.

Emmanuel l’hote parfait m’accueille à bras ouverts, j’atteris dans ce qui sera mon lieu pendant quelques             . Whisky en apéritif, discussions sur la possible crise de 29 qui nous arrive dessus. On a une visibilité à ça, ditil en mettant la main devant ses yeux.

Je place vestes et chemises sur les cintres, j’empile ce qui doit etre empilé, je construis mon territoire, la fenetre me plait bien. Dîner place daumesnil, conversation enjouée, la pluie et une certaine vie dehors.

Café de l’industrie, frederic et émilie de bastille jusqu’au dernier métro. Fumée à la fenetre de la cuisine. Un sans domicile dort en bas sur le trottoir, sous un store au bord de la pluie. Voitures, moteurs étouffés, roulements, le calme parfois, vers deux heures quarante cinq. Première nuit

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le chanteur, la bague et le malheureux

mars 9, 2008 · Laisser un commentaire

Dans le métro ligne 6, rendez-vous place d’italie, à la station Bercy un chanteur des rues entre dans le wagon. Il ressemble à Iggy Pop habillé par Hughes Aufray, bandana rouge, chemise à carreaux, le cheveu pas peigné depuis les 70s, les traits marqués par. Il porte une guitare sèche en bandoulière, un harmonica tient tout seul devant ses lèvres. J’étais bien jusque là, le métro aérien m’aérait, voir l’horizon audelà de la Seine, quelques cumulus sur un fond de parfait ciel bleu — j’allais à la rencontre de Shi* pour manger simplement vietnamien sur fond de balade romantique, tout allait bien.

J’observe le chanteur, qui s’avance avec un sourire franc, intemporel, se positionne, salue gentiment la petite fille, une toute petite fille à bouclettes et joues qui me donnent instantanément envie d’avoir de nouveaux enfants, la petite fille regarde sa maman qui téléphone, pouffe de rire en se cachant la bouche, petits doigts dodus,
et le chanteur commence une chanson, une chanson douce, peutetre du art & garfunkel, peutetre du neal young, il frole les cordes de sa guitare, finalement l’air est parfait pour accompagner mon trajet en ciel et le ballet des voyageurs qui entrent et sortent, ce mouvement qui m’a toujours fasciné par sa capacité à changer l’ambiance du lieu, la rame de métro, en un arrêt.

Justement à la station suivante un homme entre, une trentaine d’années, et tout de suite les gens placidement assis autour, dont moi, sont frappés par l’énorme cocard noir qui lui couvre l’arcarde sourcillière gauche, et l’oeil. L’homme marche la tete basse, bien sur il a remarqué cette attention dirigée vers lui, il ne cesse de la remarquer depuis qu’il est sorti de l’hopital après s’etre fait tabasser, violence gratuite dans un coin de rue sombre, au mauvais endroit, au mauvais moment.
L’homme contourne quelques jambes et vient s’asseoir en face de moi, mon visage s’assombrit, plein de compassion, la femme en face aussi, une bulle aura de protection se forme et couvre l’homme qui plonge la tête dans son blouson, relève le col pour se cacher, rentrer en lui-même, masse marron qui se camoufle contre les sièges tandis que le métro descend de l’aérien,

Cet homme aurait besoin qu’on lui pose la main sur l’épaule, qu’on l’entoure de ses bras, qu’on lui dise que ca va aller, que ce n’est pas juste, qu’il n’est pas seul, simplement un accident banal dont je tu elle nous aurions tous pu être les victimes.
Impossible de m’approcher de lui sans encore plus attirer l’attention et susciter la gêne, alors j’attends place d’Italie, en me levant je lui presserai l’épaule, anonymement, et s’il relève la tête, je lui sourirai, il comprendra,

Le métro ralentit, le chanteur a fini sa chanson et passe la main tendue, joli succès de pièces sonnantes ;
la rame entre station place d’Italie, je me lève, le chanteur arrive vers moi, j’ai sorti deux euros, je les tends de la main gauche, celle de la bague dragon,
ma main droite s’avance vers le malheureux, le chanteur me coupe involontairement la route, me tend son portemonnaie ouvert, une foule de 20 et 50 cents, il me dit Hey man cool ring ! moi: thanks, cool song, je veux le laisser passer pour que je puisse donner un instant au malheureux, mais le chanteur porte une guitare et un sac à dos, il me laisse passer, je passe, je m’éloigne et sur le quai me retourne une dernière fois pour voir s’éloigner cet être seul en lui-même, entouré d’autant de vies au rythme différent, non calées, non liées, chacun dans sa bulle d’instant, et foncer dans le tunnel, et s’engouffrer dans  mon passé saisi, saisissant.

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cu xa do thanh

mars 9, 2008 · Laisser un commentaire

en mille neuf cent quatre vingt dix neuf, du 11 âoût à fin septembre, je me trouvais dans la chambre du quatrième étage du mini hotel Hong Phuc (bonheur éternel), qui se trouve en Asie du Sud Est, au Vietnam, à Saigon (HCM Thanh Pho), district 3 (quan ba), cu xa do thanh, rue numero deux (duong so hai), numéro soixante treize A (so bai muoi ba A).

La chambre était en fait un petit appartement composé d’une grande chambre, d’une cuisine, d’un salon, avec de larges portefenetres ouvrant sur un balcon ouvragé, il devait y avoir une grande plante ou deux, le tout donnant sur la ruelle figée dans le temps. A gauche le matin, à l’angle, une petite échoppe servait des pho sur des tables basses, tabourets en plastique colorés, sous une bache rayée. A droite, aux même heures, les memes tables et les memes tabourets, mais ici le centre était représenté puisqu’on y servait un bun bo hué délicieux, saignant et épicé. J’attendais régulièrement que l’échoppe ouvre, vers 6h du matin au lever du soleil, pour en être le premier client et manger un dernier repas, regarder la ville se lever avant de me coucher. Les viets sur leurs vélos, sur leurs scooters ou sur leurs pieds, n’en revenaient pas, certains s’en sont pris des poteaux, bien que je sois là, presque tous les jours, à les regarder.

J’écrivais jusqu’au petit matin, ou bien je peignais, ou bien j’étais avec une fille, ou bien je pleurais comme martin sheen à l’ouverture d’apocalypse now, ou bien je relisais oswald spengler, je ne sais pas ce que sont devenus ces deux mois, saigon m’a rendu fou, je ne m’en suis rendu compte que lorsque j’ai pris le bus vers Phan Thiet, 8 heures peutetre à tenir la sangle et recevoir la poussière, à nous arrêter pour prendre une villageoise, son pyjama et son panier, à nous arrêter pour réparer une pièce mécanique, pour acheter des sandwiches pour quelqu’un qui avait faim, pour finalement arriver, déposé devant l’hotel, devant une pelouse qui se finit dans la mer,

Mui Né, kilomètre treize, les vagues de la mer de chine méridionale, Chez Nina, je suis le seul client, trois petites vietnamiennes s’occupent de la cuisine et du ménage, la patronne est une amie de la propriétaire et s’évente en chantant sur des vidéos de karaoké. Les airs doucereux montent jusqu’à ma chambre, j’écris sur la terrasse en bambou, sous un toit de paille où un jour, je sens une odeur qui me rappelle un autre temps — l’odorat est le sens le plus persistant, c’est un parfum acre qui revient du passé, acre et entêtant, je lève la tete, fouille la paille et cette silhouette verte me regarde de son oeil unique, fragile comme un origami, menacante comme une lame de couteau

à Saigon j’ai vécu au sein d’une autre histoire, totalement étrangère à la nôtre, où de grands élans populaires peuvent déferler sur une population sans que l’occident n’en entende parler, sans plus de résonnance qu’un éclat isolé au loin, la nuit. Un chien aboie et l’on se rendort. En moi, certains jours concentraient ou relachaient cette énergie et les faits semblaient reliés entre eux par des fils dorés dont j’étais le centre actif et le spectateur émerveillé.

JeanLouis est à Saigon, il m’invite à diner, il vient d’arriver mais aimerait bien que je vienne avec lui à son diner professionnel, il s’en fiche. Il est invité par six taiwanais, des fournisseurs. Nous dinons dans un restaurant de Cholon, les Chinois ont eu le génie de la table ronde, nous faisons kampai, un à un, je bois donc six verres cul sec en guise d’apéritif. Ils échangent des blagues, des considérations et des chiffres en anglais, l’ambiance est bonne, je bois et toujours m’ébahis devant les saveurs de la cuisine chinoise.
Apres le diner nous prenons un minibus pour atteindre un hotel, les sept hommes et demis entrent en file indienne et s’installent sur un long canapé dans une salle face à un écran géant et des seaux à champagne. Jean-Louis: Non… ils nous font le coup du karaoké…
Ensuite une dame élégante fait son apparition, et nous propose, fait entrer une brochette d’une quinzaine de filles en robe rouge moulante, cheveux noirs raides, qui s’alignent et que nous désignons chacun une à une. Je me renseigne sur celle que je choisis, magnifique ; elle ne parle pas anglais, donc désolé. Elles ressortent toutes. Les autres filles des autres hommes s’installent, servent des  verres, se présentent en souriant, assises cambrées, talons hauts, sourires clinquants. On allume le karaoké et on kampaï,
La porte s’ouvre à nouveau et, rien que pour moi, dix filles qui parlent anglais. Je choisis la plus belle, un des chinois dit “ah il a trouvé le bon truc !”
Plus tard j’emprunte discrètement à JLouis 100$ pour emmener la fille ailleurs. La derniere fois que JLouis m’avait vu, j’avais 15 ans et j’étais le fils de sa femme.

Je me baigne dans la piscine du Cercle Sportif, l’endroit où mes parents se sont rencontrés. Je suis le seul non vietnamien au milieu d’une centaine d’adolescents, quelques adultes, qui jouent comme sur la plage. Je suis le plus blanc mais la piscine aussi ; je barbote en maintenant mes pieds hors de l’eau, en tournant sur place grâce au mouvement de mes bras. Les colonnes du Cercle fendent le ciel entre deux grands arbres. J’imagine des gens, début des années soixante dix, les francais qui se pastissent, les vietnamiennes qui rient sur leurs genoux, le délicat rire de la colonisation, un pianiste au bord de la piscine,

JeanLouis me dit Regarde tu as un tic nerveux

Monsieur Hai me demande de l’accompagner à son cours de francais. Il adore y draguer ses petites camarades. Je conduis le scooter et derrière moi il pose la main sur mon épaule. Je roule doucement, la responsabilité de 82 ans de vie.

Monsieur Hai m’apprend les échecs chinois. Chaque soir à dixhuit heures nous faisons trois parties. Tous les jours, il gagne les trois, sauf lorsqu’elles durent assez longtemps pour que sa série préférée, qq chose comme Xéna reine de la foret, commence. A ce momentlà, lorsque les Amazones américaines apparaissent en peaux de bêtes sur fond de savane texane, leurs seins tendus prets à exploser le soutien gorge trop étouffant, à ce momentlà plus aucun pion n’existe pour Monsieur Hai, je peux gagner la partie, il s’en fiche, je pourrais mettre le feu à l’hotel qu’ils ne quitterait pas des yeux ces poitrines bombatomiques. J’espere que c’est dans cette extase que la mort l’a accueilli. Monsieur Hai fut un des reperes essentiels de ma vie saigonnaise.
Un soir Monsieur Hai a monté les quatre étages à pied pour me demander
            Ca va ?

Un soir je rentre avec Nathalie dans un cyclo, les roues cliquètent dans le silence de la nuit, quelques voix existent sous des néons, nous traversons notre écrin magique, et lorsque nous arrivons devant l’Hong Phuc, le cyclo:
Donne moi 50.000 dongs sinon je dirai à la police que tu as acheté de l’herbe…
– Je leur dirai que c’est toi qui me l’a vendue

Je loue un Honda Dream II et fais la route, 100 km, jusqu’à ?, le berceau du caodaisme, je traverse des champs, peutetre des rizières, l’air tiède s’engouffre sous ma chemise, j’accélère, et quand la route est droite, vraiment droite, quand il n’y a personne, vraiment personne, je ferme les yeux.

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une heure dix huit

mars 8, 2008 · Laisser un commentaire

et j’écris des trucs comme ce ne sont pas des cases, ce sont des entrées, des pièces de conversation,

la vie a beaucoup plus de goût en ce moment,

je céralipe mes lèvres,

une très belle journée, rencontre de Francesca, personne unique, beaucoup de choses à découvrir d’elle,
puis gare de lyon, gaelle, une eurasienne, sur le mur de son bureau les photos d’une fille de 6-8 ans, elle a peut-etre mon age, un peu moins, surement très belle si elle ne s’habillait pas comme un sac ; sur les photos la fille n’a pas de père,

je lui montre ce que je fais, elle adore, elle me propose un projet magnifique, une nouvelle chance de tenter le Frame, à Moscou et à Shanghai,

barbara ne répond plus au telephone,
je me rends compte que je n’ai jamais imprimé le visage de Shi* même si j’aime lui parler
florence me confirme demain, elle a l’air moins sure de son choix,

ce vendredi me sonne, les émotions se concentrent dans le dernier goulot d’action de la semaine, je n’ai pas d’occasion de sortir, alors nathalie rentre et comme imprévu je suis là, elle me demande plusieurs fois si ça va et je comprends qu’elle ne va pas, elle me dit soudain, sans raison, maintenant tu me détestes et moi pourquoi dire ça ? c’est fini, c’est fini, avant de me rendre compte que l’indifférence peut être pire que,
mais je n’ai pas envie de revenir à une conversation que nous avons déjà eu vingt fois sans jamais la finir, car ces mots flottent sans limite et résonnent maintenant sur nos visages lorsqu’ils se regardent,

je lui dis que je sors acheter des feuilles, elle me rattrape dans le couloir pour me demander où sont les médicaments qu’elle doit donner si tu ne reviens pas, elle a vraiment cru que j’allais “descendre chercher des clopes” comme dans les années 70, pour réapparaitre dans les années 80.

faubourg saint-antoine vers 22h il n’y a que des gens seuls, finalement, je ne suis pas le seul,

je reviens je prends le portable dans la chambre, nous nous disons bonne nuit à peu près souriement, puis je me remets sur l’écran car où aller, si ce n’est en moimeme,

je ressors voir s’il faut acheter d’autres médicaments, non, juste du doliprane me dit le beau et jeune médecin à lunettes qui ferme sa boutique sur la place, retour dans l’ex-chambre, quelques mots,
fais attention à ne pas attraper son virus, tu es tellement fatiguée, …
non, là ça va, je me sens bien

signe de la main, trois heures plus tard elle tousse de l’autre côté de la cloison

on me pose un flingue sur le front et on tire
un abîme de rêves,

dormir

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mémo

mars 7, 2008 · Laisser un commentaire

c’est la nuit du 6 au 7 mars 08, 1:30, j’écris dans le salon du Génie, Aymeric est passé dormir avant de prendre l’avion demain pour l’inde.

faisons un tour de la situation depuis le precedent mot du 1er mars, vendredi dernier, un autre moi

samedi 

Devant le Miramar, Shi* compose un numéro et porte le téléphone à l’oreille en me regardant. Une foule passe autour de nous et je sais que mon portable va sonner. Sa vibration scintille dans ma poche,  
Elle est une poupée chinoise raffinée, féminine, un sourire permanent et une allure féline, sur hauts talons. Je prends un verre avec elle, conversation très agréable, je suis détendu et mes pensées tournent si vite.

Deux heures plus tard Emmanuel nous rejoint et je pars avec lui vers la pendaison de crémaillère au 7e étage d’un immeuble à Vincennes. Celui qui nous a invité, que je connais peu, ne va pas très bien, des boutons rouges lui couvrent le visage, qu’il tente de cacher sous une barbe épaisse. Il a 33 ans. Elle, sa copine avec qui il vient d’emménager, n’a pas de prénom, pas de présence, ses épaules arquées demandent protection. Son corps est renfermé, recouvert d’habits noirs. pourtant au faîte de cette non-présence se juche une jolie tête qui s’illumine dès qu’elle évoque un sujet qui lui tient à coeur, en l’occurence le… je ne me souviens plus
Dans le salon une quinzaine de jeunes, un peu plus jeunes, boit des bières, des alcools, roule des joints, se renverse des chips, , petits groupes disparates qui ne se parlent pas encore sur fond de chaine 38 du cable allumée sans son, radio nova sur la chaine en sourdine crachottante. Emmanuel et moi arrivons comme deux cheveux, deux chevaux flamboyants car je viens de faire une jolie rencontre et parskil est excité à l’idée de voir du monde. Il me fait tellement rire. Grâce à mon sourire et mon visage ouverts je reçois l’adoubement d’un groupe de 4 types dont on sent qu’ils sont les mauvais garçons de la soirée ; le plus beau me serre la main avec un sourire sincère, le plus impressionnant me tape sur l’épaule. Pourtant je porte une veste quasi de smoking et des chaussures quasi italiennes.
Ensuite arrive un moment où nous nous retrouvons comme deux idiots devant le buffet à avaler des cacahuètes pour nous occuper les mains en regardant ceux qui discutent.
Plus tard, beaucoup plus tard, je discute avec une jolie fille à qui je plaisais assurément, mais au bout de quelques minutes nous n’avons plus rien à nous dire, si bien que je finis une phrase dans un souffle que j’entends à peine, et s’installe le silence sur cette vue sur la banlieue ; une tour làbas dresse tristement son corps édenté, on se demande si c’est montparnasse ou jussieu mais non ce n’est qu’une tour qui se dresse au loin, dans un champ de pavillons et de barres d’immeubles marronasses ou bétonasses, la banlieue parisienne…

Dimanche dimanche je fais des trucs que j’oublie

Lundi pareil

Mardi en fin d’apresmidi je suis allé faire du shopping car j’avais rendezvous avec Barbara, non je l’appelle Rebecca, pour diner à 21:30. J’appelle une copine cambodgienne et achète qq trucs rue ? en parlant du bonheur de la vie et des plaisirs qu’il faut apprécier. Je trouve un pantalon tout à fait moi, une chemise blanche funky et élégante, et c’est ainsi que je me présente devant ma nouvelle rencontre, dans le restaurant à côté de mon bureau. Son visage, son parfum –que j’ai resenti aujourd’hui– me font grésiller le cerveau comme un mauvais pressentiment, et l’impression qu’elle aussi est déçue. Je m’assieds, plaisante sur mes jolis vetements neufs puisqu’elle sait que je suis allé shopper, et c’est parti. Nous nous regardons à tour de role, elle porte un petit gilet qui recouvre à peine les épaules, un top en ? léger, blanc, vaporeux, fines bretelles de dentelle, j’inspecte discretement la blancheur des bretelles du soutiengorge (mais le restaurant est trop sombre)(Shi* avait des bretelles d’un violet profond iridescent, très mystérieuses), et finalement son visage, pas aussi parfait que sur les photos, je le savais, mais au milieu des yeux superbes, un regard qui, lorsque j’ai finalement réussi à l’accrocher, m’a renversé. Elle est drôle, m’apprends des petits secrets de la république, elle aime l’endroit, nous nous détendons
Ensuite par la grâce des amitiés alcolisées nous sommes invités par le patron et un serveur à partager une, deux puis trois bouteilles de champagne, avant de bouger vers le banana café, où je n’étais pas allé depuis un siècle lorsque nath y passait ses nuits. Là on nous offre du whisky, champagne à nouveau et Rebecca se fait successivement draguer par les 4 types avec qui nous sommes venus, plus par d’autres qui passent ; je n’ai pas de possession sur elle donc je ne fais rien, mais son regard me cherche toujours et elle revient dès qu’elle peut vers moi,
si bien qu’au bout d’un moment, nous dansons enlacés, j’approche mes levres des siennes et nous nous embrassons ainsi pendant dix, vingt minutes, aucune idée, c’st tellement mmmmm — il est 5h du matin, nous continuons à nous embrasser dans le taxi, je la raccompagne chez elle mais elle ne me laisse pas monter, le taxi continue jusque chez moi, en me rendant la monnaie il dit “bonne nuit monsieur, et j’espère que la prochaine fois vous aurez plus de chance”, mais je suis bien, je marche dans paris au petit matin

mercredi un appel sur le portable me réveille, enfin me fait ouvrir les yeux à 11:30, c’est le 5e depuis le matin et je n’ai rien entendu. j’ai regardé qui m’appelait et je me suis rallongé, 
émergé quelque part mais je ne sais plus où ni quand. Envoyé des sms à celles et ceux que je veux revoir. Finalement travaillé jusqu’à 21:30 et rentré m’occuper des taches ménagères avant le retour de ma petite chérie d’amour.

jeudi elle arrive et me saute dans les bras, j’embrasse ses joues roses et son petit corps fiévreux (et je pense, elle est tjours malade quand elle va chez eux, il fait trop froid).
Dans la journée j’ai accepté une colocation ; nathalie revient demain et je ne supporte plus de vivre avec elle. Je lui demande par sms quels soirs elle veut sortir, que je prévoie une babysitter, elle me demande si je suis un oiseau de nuit ou si je suis amoureux. je lui dis que je m’amuse, l’amour est trop contraignant, ce à quoi elle répond amusetoi, la vie est trop courte, je t’aime si fort (…) J’ai envie de lui répondre qu’employer ce mot est ridicule, mais je dis “déplacé” ; pour la 2e fois en une semaine je la trouve ridicule, elle n’est plus cette silhouette rouge qui monta les marches devant moi ; le 1er mars fut vraiment la date du dernier craquement d’amour.

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1er mars

mars 1, 2008 · Laisser un commentaire

 je suis vraiment TRES content :)

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