c’etait hier, désolé vous avez loupé la scène. Rien de très original: de l’émotion, des larmes, des vérités, pas vraiment de reproches, juste le simple constat de la fin d’un amour. Avec tout de même de l’émotoin, puisque je ne me suis endormi qu’à 5h du matin.
Donc ce soir elle est allée se coucher, avant moi, mais la différence c’est qu’elle ne m’a pas fait de bise. Un coucou de loin, quand meme un sourire, et elle passe à l’arrière de la cloison. Deux minutes plus tard, la lumière s’éteint, un mouvement de draps puis le silence. Bientôt sa respiration se soumettra au rythme, et elle sera endormie.
Voilà, c’est fini. La nuit dernière je me demandais ce que j’allais devenir sans elle, malgré tout. Ensuite m’a submergé une colère, celle d’un etre insulté, méprisé. Elle ne s’excuse pas bien sûr, elle souffre mais cela me rappelle la réplique dans le film “un patient anglais” ; il pleure, lui hurle qu’il n’a cessé de penser à elle, il lui demande comment elle peut vivre comme ça,,, et elle ne peut que lui répondre “tu penses être le seul à souffrir…”
une partie de moi cherche à comprendre comment nous en sommes arrivés là, et l”autre partie, moins patiente, constate que je dois m’éloigner d’elle et elle doit s’éloigner de moi. parfois je pense à cet amant, s’il existe encore — je le pense, puisque son portable reste opportunément caché, jamais loin d’elle. d’abord la colère me hérisse et me suffoque; puis, puis, puisqu’il la rend heureux, elle pense etre plus heureuse avec ce “”, alors pourquoi ne pas la laisser faire, elle sera toujours plus heureuse qu’avec moi.
Moi, cet être mouvant qui suit une direction inconnue, y compris de lui-même. Ce moi qui connait la tyrannie de la raison et l’électricité du désir, ensemble, simultanément, successivement, terrible combat où se jouent mon avenir et mon âme. Je voudrais un désir permanent et une raison muette, le tout enrobé dans l’extase et l’orgie, j’exagère à peine.
Je vais maintenant parler de moi à la 3e personne, peut-etre que cela m’aidera à voir son destin de plus haut, avec un peu plus de distance.
Il ne sait s’il doit rire ou pleurer. Non, c’est faux, il le sait parfaitement, son instinct, sa réponse directe et infiltrée à la question est, sans contestation possible, la même depuis plusieurs mois, presque des années. Ca n’a meme pas avoir avec elle, c’est un espace univers qui s’ouvre à lui — qu’il rêve d’ouvrir et que pour l’instant il n’ose pas. Il rêve de l’ouvrir seul, car il se voit — son psy a amené cette comparaison — comme picasso visité par les femmes, créant dans son atelier et s’arretant uniquement pour faire l’amour ou avoir de grandes discussions enflammées. Oui, pourquoi pas, a ajouté le psy, mais semble-t-il avec une moue dubitative.
L’image est peut etre caricaturale; qui peut aujourd’hui vivre en créant dans son univers clos? Je dirais que c’est possible, relativement possible dans un cadre où il vit chichement — mais il n ‘a pas envie de vivre chichement — il a des rêves de femmes, et il a la faiblesse de les conquérir par l’argent, en payant des escorts d’une heure, ou deux quand il est pleinement imbu de lui-même.
dans cette histoire, entre elle et lui, se joue maintenant une étape cruciale de sa vie, n’ayez aucun doute. Il va se retrouver bientôt, d’ici quelques mois, dans le vide, comme quand on franchit une flaque d’eau en prenant son élan; pendant un bref instant, on est en suspension. Il sent qu’il ne doit pas rater ces mois-ci, ne pas laisser sa vie se déliter plus longtemps.
L’avenir est-il ouvert ? Tout le temps.
Est-il assez fort pour réussir ? Bien sûr, évidemment, s’il se concentre, s’il hausse sa réflexion, s’il ne passe pas son temps à se branler, physiquement et intellectuellement, s’il devient une espère de machine à concept particulier, un être u-ni-que, bien sûr que c’est possible, et c’est même un challenge qui peut l’amuser pendant les prochains mois, allez d”accord, une grosse année au maximum, rendez vous fin 2008.
Mon dieu, 2007 était un cauchemar, ahahah la vie est tellement basique, trébuche, chute et tombe, 1, 2, 3; 1, dépot de bilan, 2 dépression et 3 divorce, marqué par cet échec il est un faible et elle, elle a pris la grosse tête, elle n’est de toute façon plus la belle jeune femme rêveuse et sensuelle qu’il a aimé, elle s’est transformée en mère pointilleuse et soucieuse d’efficacité, elle ne fait l’amour qu’allongée –sur le dos ou sur le ventre–, elle n’est que fatigue lorsqu’elle rentre et stress lorsqu’elle se lève, lorsqu’il faut tout préparer pour l’heure, à la minute près.
Ils n’ont plus les mêmes rêves, le même romantisme, les mêmes désirs, le même rythme. Il s’en désole, malgré tout — elle pouvait être parfaite dans une relation basée sur l’intellect et la sensualité; il se rappelle de cette vision d’elle en kimono se penchant sur chacune des plantes de leur jardin asiatique, un, des bébés courant là-dedans, une scène enchantée sous le ciel et les beaux nuages blancs d’un été perpétuel. Une vision qui ne sera pas, ou alors avec une autre.
Aujourd’hui il n’a pas envie d’une autre, mais de dizaines d’autres. Mais comment assouvir ce désir et en même temps s’en détacher pour éviter la dépendance ? Aujourd’hui il est dépendant, puisqu’il n’assouvit rien –ni avec elle, ni avec les autres. Il est dans le même no man’s land sexuel que social.
Cette semaine des amis réapparaissent. Manu, qu’on n’a pas vu depuis… le milieu des années 90. Qui, comme les autres, n’a pas changé — comme les autres il a le même boulot et la meme femme qu’avant. Paul, lui aussi n’a pas été rencontré ni parlé depuis plusieurs semaines– mais dans sa vie chaque semaine amène son phénomène alors que dans la leur, il n’y a que le rien, que le futur de la maison de retraite et la poignée vigoureuse d’Alzheimer.
Donne toi un destin différent — FAIS LE c’est l’occasion, c’est le grand saut, n’ai pas peur, fais-le, n’aie peur de rien.